LA QUESTION SEXO - Peut-on demander à son partenaire de se laver avant de faire l'amour ?

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Dans "Sans Rendez-vous", jeudi, la sexologue Catherine Blanc répond à Agathe, qui s'étonne que son conjoint ait mal pris le fait qu'elle lui demande de se laver avant un rapport sexuel. Selon la spécialiste, ce point de crispation révèle probablement quelque chose de plus profond.

Comment concilier hygiène et désir ? Alors que la sexualité est faite d'instants spontanés, ceux-ci ne coïncident pas toujours avec les moments où le corps est parfaitement propre. Doit-on alors demander à son partenaire de se laver, ou prendre sur soi pour ne pas le vexer ou "casser l'ambiance" ? Selon la sexologue et psychanalyste Catherine Blanc, le problème dépasse largement ce dilemme un peu simpliste. 

La question d'Agathe

La dernière fois, mon copain est rentré du travail avec une envie terrible de faire l'amour. Je lui ai demandé de prendre une douche ou au moins de se laver les parties génitales, mais il l'a très mal pris. Je n'aurais pas dû, selon vous ? 

La réponse de Catherine Blanc

Effectivement, Agathe a le droit d'avoir envie d'avoir un sexe attirant et avec lequel elle se sent en sécurité, bien sûr. Mais c'est certainement aussi une façon de temporiser parce qu'elle était sur un tout autre sujet et tout d'un coup, il y a un homme qui a terriblement envie d'elle. Le fait qu'il aille prendre sa douche, le fait qu'il s'occupe un peu de lui, ça lui permet de s'approprier le projet pour ne pas être simplement la proie du monsieur qui lui saute dessus. En fait, il n'y a pas qu'une histoire de propreté, il y a une histoire de temporisation de la situation.

Mais Agathe n'a-t-elle pas "cassé l'ambiance" et la spontanéité de l'envie de son compagnon ?

C'est très légitime de ne pas vouloir calculer, et c'est très légitime, aussi, d'avoir envie que tout soit tout beau, tout propre et sente bon le savon. Mais il y a du fantasme de part et d'autre. D'un côté : "Si ce n'est pas là maintenant, je vais perdre mon désir et je ne suis excité qu'à l'idée de te bousculer", et de l'autre : "Tu viens d'un univers loin de moi et tu dois te nettoyer", comme si la sexualité était potentiellement dangereuse, dégueulasse et qu'il fallait la remettre dans le cadre tranquille, propre, sain du couple. 

Il faut donc déconstruire ces fantasmes. La sexualité n'est pas sale. Mais il faut savoir aussi comment ce monsieur vit, quelle est la propreté qui est la sienne quand il va uriner. On peut comprendre - et c'est aussi vrai pour une femme - qu'on ait envie de pouvoir goûter le corps de l'autre en toute sérénité.

Comment aurait-elle pu réagir différemment ? 

Je trouve que c'eût été une bonne idée - si tant est que l'hygiène n'est pas un prétexte pour temporaliser - de lui répondre : "Mais Welcome", et de l'embarquer dans la douche avec elle. Et là, ça aurait été érotique pour tous les deux. Et puis, comme ça, il n'y a pas une histoire de vexation de : "Tu rentres, tu es sale, tu pues, etc."

Maintenant, ce n'est pas parce qu'il y en a un qui est disponible, là dans la seconde, que l'autre, doit l'être absolument. Il n'y a rien de grave, et si on le prend mal, c'est probablement qu'il y a quelque chose qui, derrière, se joue. Peut-être est-ce un homme qui a du mal à avoir du désir, qui en a tout à coup, et puis hop, on l'arrête net ? Quelle est la part de cette attitude qui est plutôt une attitude castratrice? Quelle est la part de cette attitude qui est plutôt protectrice de soi même ? Tout dépend du cas de figure. 

Europe 1
Par Catherine Blanc