ENQUETE - A Paris, le problème de la contamination au plomb dépasse l'incendie de Notre-Dame

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Après l'incendie de la cathédrale de Notre-Dame à Paris, les risques de contamination au plomb pour les enfants scolarisés dans le périmètre ont très vite été évoqués. Et si Notre-Dame était en fait l'arbre qui cache la forêt ? Et si un scandale sanitaire couvait ?
ENQUÊTE EUROPE 1

L'enquête de l'Agence régionale de santé (ARS) suite à l'incendie de la cathédrale de Notre-Dame de Paris est catégorique : sur les six enfants dont les bilans sanguins dépassent le seuil du saturnisme (contamination au plomb), trois ont été contaminés à leur domicile. Rien à voir avec l'incendie de Notre-Dame donc. Et si le problème du plomb à Paris dépassait largement le périmètre de l'incendie de Notre-Dame ?

Le sujet est pris suffisamment au sérieux pour que dans la foulée des résultats des analyses, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) soit missionnée pour de nouvelles mesures dans les rues et autres squares de la capitale. De nouveaux prélèvements seront par ailleurs réalisés dans les écoles et les crèches.

100.000 logements concernés à Paris

Le directeur général de l'ARS d'Île-de-France, Aurélien Rousseau, confirme : "le plomb est un mal invisible. L'Etat va prendre sa part dans les bâtiments publics, mais il faut que les propriétaires de logements fassent le point chez eux aussi". Sur les 127.000 bâtiments de la capitale, 100.000 sont concernés par l'insalubrité.

Tous sont touchés, y compris les immeubles cossus dans les beaux quartiers de Paris. Ce chiffre de 100.000 correspond aux logements construits avant 1949. A cette date, la peinture au plomb a été interdite pour raisons de santé. Peindre était alors interdit mais les peintures existantes, elles, n'ont pas été retirées... Le plus souvent, elles ont été recouvertes par des couches de peinture plus récentes.

Le problème, c'est quand ces couches s'effritent et qu'un enfant joue avec. A ce moment-là, il peut en avaler et être contaminé. Un pédiatre, qui souhaite rester anonyme, a vu arriver un bébé de 14 mois, il y a quelques jours, avec un taux de plomb dans le sang anormalement élevé : "oln parle de saturnisme infantile. Il faut informer la population. Les pouvoirs publics doivent lancer des études comme pour l'amiante. Il faut se réveiller, il y matière à scandale s'il n'y a pas une action dans les jours et mois qui viennent pour corriger ce problème !"

Baisse de QI, problèmes de croissance et problèmes rénaux

Un scandale sanitaire couve donc, selon ce médecin. Si le taux du nourrisson qu'il a reçu était de 65 microgrammes par litre de sang, dans un arrondissement chic, il n'est pas rare que ce même taux grimpe jusqu'à 200 dans certaines zones comme en Seine-Saint-Denis par exemple.

Les chiffres ne sont pas rassurants mais il semble qu'il y ait une prise de conscience. Depuis l'incendie de Notre-Dame, beaucoup plus de parents posent des questions chez leur pédiatre ou leur médecin. Le siège de l'Association des familles victimes du saturnisme (AFVS) reçoit 2 à 3 fois plus d'appels depuis quelques semaines.

Pour rappel, le plomb dans les murs de nos maisons peut entraîner une légère baisse de QI, des problèmes de croissance ou encore des problèmes rénaux. Il est important de rappeler également qu'il ne suffit pas d'inhaler le plomb pour être contaminé. Il faut l'avaler. D'où la vigilance à avoir avec les jeunes enfants, qui portent beaucoup les mains à la bouche.

Europe 1
Par Théo Maneval, édité par Maxime Dewilder