Cinq conseils pour limiter les effets néfastes des écrans sur vos enfants

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Sans les interdire, comment limiter l'impact des écrans sur nos enfants ? 3:22
Sans les interdire, comment limiter l'impact des écrans sur nos enfants ?
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A défaut de pouvoir les interdire, comment faire en sorte que les écrans, devenus incontournables dans la vie de nos enfants, ne nuisent pas à leur développement ? Invité de "Sans Rendez-vous", lundi sur Europe 1, le psychiatre Serge Tisseron donne quelques clés pour rassurer les parents inquiets. 

Quelle proportion des enfants français utilise au moins un outil numérique ? "A partir de 12-13 ans, je crois qu'on peut dire 100%", assure Serge Tisseron. Impossible, donc, d'envisager une interdiction pure et simple de ces écrans, présents dans toutes les sphères de l'existence dès le plus jeune âge. Comment, alors, protéger au mieux la santé de nos enfants ? Invité de Sans Rendez-vous, sur Europe 1, le psychiatre, membre de l'Académie des technologies et co-auteur du livre Les écrans et moi (Ed. Hygée) livre quelques conseils. 

Ne pas partir du principe que les enfants "savent faire"

Selon le spécialiste, il est d'abord capital de ne pas partir du principe que les enfants n'ont pas besoin d'être éduqués à Internet parce qu'ils sont "nés avec". "Les jeunes donnent souvent l'impression aux parents qu'ils savent bien l'utiliser parce qu'ils acquièrent très vite quelques comportements adaptés aux espaces qu'ils explorent", explique Serge Tisseron. "Or, être né à l'époque de la voiture ne dispense pas de passer son permis de conduire."

Il faut donc faire preuve de pédagogie pour inciter les plus jeunes à se protéger eux-mêmes, par exemple en leur expliquant que "tout ce qu'on met sur Internet peut rester dans le domaine public éternellement" ou en les incitant à ne pas croire tout ce qu'ils lisent en ligne. Le tout sans "noyer" les enfants qui seraient alors moins réceptifs. "Le numérique, c'est un peu comme la sexualité : il ne faut pas anticiper trop de choses mais se rendre disponible aux questions quand elles arrivent", résume le psychiatre.  

Edicter des règles pour toute la famille 

Deuxième conseil : ne pas demander aux enfants de respecter des règles que l'on ne s'applique pas à soi-même. "Il faut se fixer des règles familiales, par exemple en évitant d'utiliser d'utiliser des outils numériques pendant le seul repas qui est en général pris ensemble, le repas du soir", avance Serge Tisseron. "Pas de télévision, ni de smartphone ou de tablette. Si c'est suivi, l'enfant peut faire pareil avec ses copains, et décider que personne ne répond au téléphone pendant le repas, par exemple. Ou, s'il mange au restaurant, que celui qui répond paie l'addition."

Pour le soir, les experts recommandent "une sorte de couvre-feu numérique", rappelle le membre de l'Académie des technologies. Encore une fois, il vaut pour toute la famille : "On arrête les écrans à 21h30, de façon à ce que les enfants aient au moins 30 minutes avant d'aller au lit." Car un sommeil perturbé par la fameuse "lumière bleue" des écrans est souvent synonyme d'une moindre concentration à l'école le lendemain. 

Veiller à garder d'autres activités 

Pour mettre les choses en perspective, Serge Tisseron recommande ensuite de rappeler aux enfants que leurs parents et grands-parents ont grandi sans internet et les réseaux sociaux, car "ça leur permet de comprendre qu'on peut faire beaucoup d'autres choses". "C'est important d'avoir des activités physiques, encore plus pour un enfant ou un adolescent qui a besoin de développer sa musculature pour sa croissance", prévient le psychiatre, rappelant également que le "trop d'écrans" accroît le risque de grignotage. 

Il faut donc conserver du temps pour d'autres activités, et uniquement celles-ci. Car "avoir l'impression de faire deux choses à la fois ne veut pas dire qu'on peut faire deux tâches sur lesquelles on est concentré", souligne le médecin. "Quand on fait une activité ou son travail scolaire, il vaut mieux ne faire que ça." Manière, aussi, de se protéger de l'effet "addictif" des écrans : "Toutes ces sollicitations fonctionnent pour notre cerveau un peu comme des produits très sucrés : ce sont des produits qui flattent notre attente de récompense." 

Surveiller de près les jeux vidéo

Comme les autres outils numériques, les jeux vidéo sont bien difficiles à bannir purement et simplement. Serge Tisseron recommande donc de "distinguer les jeux vidéos où vous faites toujours les mêmes choses, et ceux où vous êtes invités à avoir votre attention concentrée en parallèle sur des choses différentes et à avoir des stratégies différentes, car on dit qu'ils augmentent la plasticité psychique, c'est-à-dire la capacité de faire face à l'imprévisible." Attention, toutefois : "Même les jeux vidéos qu'on peut dire 'utiles' à un certain développement psychique, si vous y passez 4 heures dans la journée, vous perdez votre temps." 

Le psychiatre conseille de veiller au choix des jeux mais aussi à la manière d'y jouer : "C'est toujours mieux à plusieurs, physiquement ou en réseau avec des camarades que l'on connaît." Dernière recommandation en la matière : montrer que l'on s'intéresse et ne pas dénigrer le jeu auquel joue l'enfant. "Il y a quelque chose qu'aucun jeu vidéo ne nous apprendra, c'est la capacité de raconter. Pour inviter nos enfants à la développer, demandons leur de nous raconter leurs jeux vidéo !"

Toujours se montrer disponible

De manière générale, Serge Tisseron conseille de veiller à maintenir "un bon climat d'échange dans la famille" et "des moments de communication libre". Ainsi, si l'enfant "est tombé sur un site porno, a été victime de cyberharcèlement ou a vu son copain l'être, il sait qu'il y a un moment où en parler : n'attendons pas qu'ils aient des problèmes."

"Intéressez vous à ce que vos enfants pensent avoir réussi, en disant 'bravo' quand il a gagné un jeu vidéo" auquel il joue avec modération, exhorte-t-il encore. "Il aura ainsi moins besoin de se faire reconnaître de manière illusoire sur les réseaux sociaux."

Europe 1
Par Margaux Lannuzel