Le "recentrage stratégique" de Santé publique France décidé par le gouvernement est justifié par "un choix d'efficacité", selon la ministre de la Santé Stéphanie Rist. Plusieurs missions de cette agence vont être transférées au ministère de la Santé, comme la gestion des stocks stratégiques et le pilotage de la réserve sanitaire.
La ministre de la Santé Stéphanie Rist a défendu mardi à l'Assemblée nationale le "recentrage stratégique" de Santé publique France (SpF) décidé par le gouvernement comme "un choix d'efficacité", face aux inquiétudes d'acteurs de la santé publique et des personnels de l'agence sanitaire.
Un "recentrage stratégique" annoncé fin janvier
Sur la consommation de tabac, d'alcool, de sucre ou encore sur l'impact des pesticides comme de la pollution de l'air, SpF "synthétise l'expertise scientifique et la met à disposition du grand public" et "nous pouvons aussi agir sur ces maux grâce à ses campagnes de prévention. Mais c'est cette agence que votre gouvernement est en train de démanteler", lui a lancé le député écologiste Hendrik Davi dans l'hémicycle.
Le gouvernement a annoncé fin janvier un "recentrage stratégique" de SpF, dont plusieurs missions, comme la gestion des stocks stratégiques et le pilotage de la réserve sanitaire, vont être transférées au ministère de la Santé. Les campagnes de communication incomberont à partir de 2027 au ministère et à l'Assurance-maladie.
C'est "une attaque en règle de plus contre les scientifiques" et "vous attaquez les savoirs qui menacent des lobbies que vous protégez: Marlboro, Ricard, Lactalis, Monsanto et tant d'autres", a accusé l'élu des Bouches-du-Rhône.
Oppositions de personnels de Santé publique France
Mardi matin, le directeur général de la santé Didier Lepelletier, venu à la rencontre des personnels de SpF évoquer la réorganisation, a été accueilli par "plusieurs dizaines de salariés habillés en noir, sur une musique de marche funèbre. C'était assez intense", a rapporté à l'AFP une source syndicale.
"Les personnels sont très mobilisés et en total désaccord avec cette réorganisation qui coûtera cher et remet en cause l'existence d'une agence sanitaire nationale, qui s'appuie sur la science, au service de la population", a-t-elle ajouté.
Un collectif de 350 acteurs de santé publique a aussi dénoncé, dans une tribune publiée dimanche dans Le Monde, la réorganisation de l'agence sanitaire, appelant notamment à préserver son rôle dans les campagnes de prévention.
Le Dr François Bourdillon, qui a fondé puis dirigé SpF de 2014 à 2019, a dit à l'AFP craindre "une reprise en main" d'une agence "attaquée alors qu'elle assume pleinement ses missions et qu'il y a tant à faire dans la santé".
Pour Stéphanie Rist, le transfert des campagnes nationales de communication ne va pas "remettre en cause les missions de SpF en matière d'expertise, de surveillance épidémiologique, de prévention et promotion de la santé", mais au contraire "rendre la parole publique plus lisible et mieux coordonnée". "Une mission d'inspection est encore en cours pour définir les modalités précises de cette réorganisation", a-t-elle ajouté, écartant toute "mesure d'économie".
Le gouvernement envisage de faire environ deux milliards d'euros d'économies supplémentaires sur les agences et opérateurs de l'État, avait indiqué mi-janvier la ministre de l'Action et des Comptes publics, Amélie de Montchalin.