Rejet de l'allongement du congé en cas du décès d’un enfant : "On est complètement à côté de la plaque"

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Suite au tollé provoqué par le rejet du texte, le gouvernement a promis de présenter un nouveau projet, possiblement en début de semaine prochaine. (Image illustration) 1:20
Suite au tollé provoqué par le rejet du texte, le gouvernement a promis de présenter un nouveau projet, possiblement en début de semaine prochaine. (Image illustration) © AFP
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La majorité a rejeté vendredi une proposition centriste visant à rallonger de cinq à douze jours le congé d'un salarié venant de perdre un enfant. Ce vote a provoqué une large vague d'indignation, et a même valu aux députés de la majorité un avertissement de la part d’Emmanuel Macron.

Le gouvernement fait marche arrière sur les congés après le deuil d’un enfant. Jeudi, la majorité a voté contre l’allongement de cinq à douze jours de ces congés pour les parents qui ont perdu un enfant, mais cette décision a été critiquée de toute part, du patronat jusqu’au plus haut sommet de l’Etat. "Il faut faire preuve d’humanité", a ainsi lancé Emmanuel Macron, en guise d'avertissement à sa propre majorité.

Le rejet de l’allongement du congé en cas de perte d’un enfant a soulevé une vague d’indignation notamment du coté des associations. "On a tous été très choqués parce que les arguments paraissent tellement inhumain au regard du traumatisme que représente la mort d’un enfant", relève auprès d'Europe 1 Nathalie Paoli, présidente et fondatrice de l'association Point Rose, qui accompagne et soutient les parents endeuillés. L’un des arguments présentés par Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, est que le texte rapporté par le centriste Guy Bricout ne reposait pas sur un principe de solidarité nationale, mais mettait en place des congés "payés 100% par l’entreprise".

"Sur le fond on est complètement à côté de la plaque"

Mais le malaise suscité par le rejet de ce texte a fini par gagner la macronie. Murielle Pénicaud a reconnu une "erreur". Même son de cloche au ministère de la Santé où certains peinent à comprendre comment le gouvernement s’est retrouvé dans une telle posture. "Ça donne une mauvaise image", concède un ministre avant d’avouer : "Sur le fond on est complètement à côté de la plaque." Dans l’entourage du secrétaire d’Etat à la petite enfance, Adrien Taquet, on avoue aussi avoir été pris de court : "En réalité, il faut aller plus loin. Même douze jours ça n’est pas suffisant", explique un conseiller.

Un nouveau projet, largement amendé

Pris dans la polémique, le gouvernement promet de réagir en début de semaine, des discussions vont réunir associations de parents, partenaires sociaux et parlementaires. L’hypothèse de 20 jours pris en charge par la sécurité sociale est évoquée. La mise en place d’un accompagnement psychologique pour les familles ainsi que des aides pour les obsèques sont également sur la table. Autant de premières pistes qui vont déjà beaucoup plus loin que le texte rejeté jeudi.

"On ne peut que s’en réjouir. Ce qui est important, c’est de reconnaître la difficulté du débat", commente Nathalie Paoli. "Intégrer les congés dans une réflexion plus large, avec un suivi psychologique, un bilan, la proposition éventuelle d’aménager le poste avec plus de souplesse sur la reprise de l’activité professionnelle, est la plus thérapeutique des configurations", estime encore cette responsable associative.

Europe 1
Par Jean-Rémi Baudot et Caroline Baudry, édité par Romain David