Présidentielle : quels sont les enseignements des derniers sondages ?

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Nicolas Beytout , modifié à
À quelques semaines de la présidentielle, aucun candidat, à l'exception d'Emmanuel Macron qui ne s'est pas encore officiellement déclaré, n'arrive à sécuriser une qualification au second tour dans les intentions de vote. Pour l'éditorialiste Nicolas Beytout, les derniers sondages soulignent l'entière incertitude du scrutin.
EDITO

L'incertitude est totale sur l'issue de l'élection présidentielle. Si le président sortant Emmanuel Macron, qui n'a toujours pas déclaré sa candidature, est en pôle position dans tous les sondages, la qualification au second tour se joue entre plusieurs candidats, d'Éric Zemmour à Valérie Pécresse en passant par Marine Le Pen. Pour l'éditorialiste Nicolas Beytout, ces sondages donnent l'image d'une élection à suspense à moins de 50 jours du premier tour, et révèlent que les écarts entre les candidats peuvent encore diminuer.

Les sondages donnent un classement provisoire beaucoup plus inattendu que ce qui nous était pré-vendu il y a seulement quelques semaines. Rappelons-nous, depuis des années, les sondages nous donnaient l’image d’une marche lente vers un affrontement Macron-Le Pen au second tour, et depuis des années, on comprenait, en interrogeant les Français, qu’une majorité d’entre eux n’avaient pas envie d’une réédition du scénario de 2017. Eh bien, plus les sondages se multiplient, plus cette certitude s’évapore.

Une légère baisse dans les sondages pour Emmanuel Macron

Une certitude pour le moment : Emmanuel Macron est systématiquement en tête des intentions de vote. Le président sortant est donné vainqueur dans tous les cas de figure au second tour. Mais cette photographie mérite d’être nuancée. D’abord, parce que le chef de l’État n’est toujours pas entré en campagne. Or, il y a un vrai risque pour lui que, devenu candidat et ayant perdu son armure de président de la République, il marque le coup dans les sondages. Et puis, on observe déjà que son avance n’est pas si solide : pour la première fois depuis trois semaines, le sondage quotidien de l’Ifop, qui mesure et compare tous les jours l’évolution de l’opinion publique, place Emmanuel Macron en-dessous de la barre des 25% (à 24,5%).

Ce n’est pas tant ce petit symbole, ce petit franchissement de seuil qui compte, mais la tendance observée depuis une semaine : le chef de l’État a perdu 1,5 point, et c’est beaucoup. Car, ce qu’il faut analyser lorsqu’on parle des sondages, c’est bien sûr les chiffres en valeur absolue, mais c’est aussi la tendance sur plusieurs jours. C’est comme ça qu’on peut déceler une dynamique (ou pas) soit à la hausse, soit bien sûr à la baisse. Ce que dit ce sondage, c’est qu’il y a une dynamique baissière d’Emmanuel Macron. Avec 8, 9, 10 points de plus, il reste tout de même loin devant ses adversaires, mais rien n'est fait.

Marine Le Pen contient la poussée d'Éric Zemmour

On voit beaucoup de choses qui concernent les dynamiques à l'œuvre chez les poursuivants du locataire de l'Élysée. Cette même étude d’opinion de l’Ifop, et un autre sondage OpinionWay, réalisé lui aussi tous les jours, montrent que Marine Le Pen a pour l’instant réussi à résister à la poussée d’Eric Zemmour. Dans ces deux sondages, elle reprend en effet le leadership du peloton des poursuivants (avec entre un demi-point et trois points d’avance).

Alors, bien sûr, à un demi-point, on reste dans la marge d’erreur, mais ces scores montrent que la patronne du Rassemblement national a effectivement un socle d’électeurs solide, qui se situe autour de 16-18%, qui est plutôt insensible aux passages à vide de sa campagne, qui est sûr de son vote et qui peut lui ouvrir l’accès au second tour.

A côté ou derrière elle, il y a aussi d’autres dynamiques notables : Eric Zemmour, qui mène une campagne efficace, qui a signé une remarquable remontée, mais qui semble marquer le pas aux alentours de 15-16%. Et puis Valérie Pécresse qui, après avoir bien profité de sa victoire à la primaire, s’était retrouvée sur un toboggan depuis son grand meeting raté de Paris, mais qui limite désormais la casse et semble, elle aussi, avoir trouvé son socle. Ces trois candidats-là peuvent encore espérer être qualifiés pour le second tour.

Les dynamiques intéressantes de Mélenchon et Roussel

Si on cherche les dynamiques dans les sondages, c’est celle de Jean-Luc Mélenchon qui frappe le plus, avec (dans une moindre mesure) celle du communiste Fabien Roussel. Le candidat de La France insoumise continue à grignoter du terrain. Et comme les Français placent la question du pouvoir d’achat très haut dans leurs préoccupations, il peut surfer sur la vague.

On sait aussi que des candidats vont devoir abandonner, comme Christiane Taubira, dont les électeurs pourraient de préférence revenir vers Yannick Jadot et lui donner (enfin) l’occasion de créer un courant ascendant. Tout peut donc encore bouger. C’est à ça que servent les campagnes électorales : faire connaître les candidats et leurs propositions à tous les Français, mais aussi susciter un mouvement, une dynamique (j’y reviens). C’est toujours comme ça que se construisent les victoires électorales.