Lutte contre les violences conjugales : il faut "passer des paroles aux actes", insiste Aurélien Pradié, député LR

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Le député LR du Lot Aurélien Pradié est l'auteur d'une proposition de loi contre les violences conjugales. Cette dernière prévoit la généralisation du bracelet anti-rapprochement. 
INTERVIEW

Aurélien Pradié, député Les Républicains (LR) du Lot, est l'auteur d'une proposition de loi pour agir contre les violences faites aux femmes, qui autoriserait notamment la mise en place de bracelets anti-rapprochement pour les conjoints violents. "(Il faut) passer des paroles aux actes. Depuis deux ans, nous discutons beaucoup mais agissons peu", a estimé le député au micro de Nathalie Levy, jeudi soir, sur Europe 1.

"Il faut passer des paroles aux actes, notamment sur la généralisation du bracelet anti-rapprochement, qu’on a testé, ou mal testé, dans notre pays mais qu’on n'a jamais osé mettre en place", indique le député. Ce dispositif de bracelet anti-rapprochement permet de géolocaliser un conjoint violent et de le maintenir à distance grâce à un signal d'alerte. Le périmètre d'éloignement est fixé par un juge. Une disposition de la loi prévoit aussi de donner une limite de six jours au juge des affaires familiales, saisi par une ordonnance de protection, pour mettre une femme menacée à l'abri. 

"Il faut que la peur change de camp"

"On souhaite sur ce sujet cesser de décompter les 118 femmes tuées, et faire en sorte que la loi renforce ce dispositif. Il faut que la peur change de camp et que la loi soit totalement du côté des victimes" a ajouté Aurélien Pradié. Cette loi devrait être votée dans quelques heures, à l’unanimité, espère le député. "Nous sommes en train de passer les articles les uns après les autres et ils ont tous été votés à l'unanimité pour l'instant." 

Le projet de loi prévoit plusieurs dispositions inédites. Le bracelet anti-rapprochement pourra être appliqué dès le stade préventif, soit dès que le juge aux affaires familiales aura délivré une ordonnance de protection. En cas de refus du conjoint violent, une solution est prévue dans la loi. Elle doit être votée dans quelques heures. "Pour respecter notre droit constitutionnel, dans le cas où l’intéressé le refuserait, nous transmettrons immédiatement le cas au procureur de la République qui lui pourra placer en détention provisoire ou imposer le bracelet", a souligné l'auteur de la proposition de loi. 

Un accompagnement des hommes violents prévu dans la loi

Très utilisé en Espagne, le bracelet anti-rapprochement reste un outil critiqué. Certaines femmes témoignent d'une source d'angoisse et de problèmes technologiques. "Nous devons travailler à la manière de le déployer", souligne Aurélien Pradié. "Il existe des systèmes où la femme n'est pas obligatoirement alertée mais les forces de police oui, pour éviter les angoisses". L'outil existe dans d'autres pays mais la version française reste à construire. "La technologie est là, il manquait seulement une volonté politique claire, il manquait le cadre légal et que la loi ne permettait pas sa généralisation. Nous avons passé cette étape. Franchement, si la technique ne peut pas suivre, je serai inquiet, mais je pense qu'elle suivra."

Pour lutter contre les risques de récidives, un accompagnement des hommes violents est considéré comme indispensable par les associations et les professionnels. Il sera désormais prévu par la loi. "Une disposition permet dès la délivrance de l'ordonnance de protection de commander des soins physiques, psychiques pour les auteurs de violences conjugales. Dès cette étape, il faut éviter les récidives", relève Aurélien Pradié. 

"Je me désespère des coups d'épée dans l'eau"

Après son vote en intégralité, l'application de la loi devrait être rapide, le gouvernement affichant une volonté de faire passer le texte en urgent. "Dès que la loi va être promulguée, nous aurons fait notre boulot à l'Assemblée nationale. J'imagine derrière que le gouvernement fera le sien", a souligné Aurélien Pradié. 

Les groupes de travail du Grenelle des violences conjugales devraient rendre leurs propositions le 28 octobre prochain. Pour le député Aurélien Pradié, l'échéance est encore trop loin. "Toutes les semaines nous comptons le nombre de mortes, je n'imagine pas que nous attentions plus longtemps. Nous sommes en train de faire notre boulot de député, c'est à dire de faire avancer les choses. Je me désespère des coups d'épée dans l'eau." Marlène Schiappa n'était pas présente dans l’hémicycle pour ce vote. "J'imagine qu'elle a quelque chose d'autre à faire", a lâché le député. "Je le regrette." 

Pour marquer les esprits, Aurélien Pradié a décompté jeudi à l'Assemblée nationale toutes les victimes de féminicides depuis le début de l'année, de 1 à 117.

Europe 1
Par Mathilde Durand