LREM : pourquoi la députée Frédérique Dumas claque la porte

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Frédérique Dumas a annoncé dimanche son départ du groupe LREM pour retourner à l'UDI. © JACQUES DEMARTHON / AFP
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La productrice et députée des Hauts-de-Seine a quitté le groupe majoritaire pour rejoindre l'UDI. En cause : des "désaccords profonds, sur le fond et sur la méthode".

C'est le deuxième départ en quelques mois. Au printemps, Jean-Michel Clément, député LREM, annonçait sa mise en "congé" du groupe majoritaire à l'Assemblée, après avoir voté contre une loi asile et immigration qui suscitait son opposition depuis le début. Dimanche, c'est Frédérique Dumas, élue des Hauts-de-Seine, qui a claqué la porte. Elle évoque, elle, un problème général de manque de vision politique et des soucis de méthode.

 

>> Frédérique Dumas sera l’invitée de Sonia Mabrouk ce soir sur Europe 1, dans le journal de 19h.

Qui est Frédérique Dumas ?

Frédérique Dumas, comme Jean-Michel Clément d'ailleurs, n'est pas une novice en politique. Productrice de métier (on compte parmi ses productions Before the Rain, No Man's Land ou encore Dobermann), cette femme de 55 ans a intégré le cabinet du ministre de la Culture François Léotard dans les années 1980. Ses mandats politiques ont, par la suite, souvent été liés à son engagement dans la culture : adjointe au maire d'Antony Patrick Devedjian en charge des Affaires culturelles, porte-parole culture et média de l'UDF, présidente de la Commission Culture au conseil régional d'Île-de-France. À l'Assemblée depuis l'an dernier, elle est vice-présidente de la commission des Affaires culturelles et de l'éducation.

Quant à la famille politique de Frédérique Dumas, elle a toujours été à droite ou au centre-droit. À l'UDF d'abord, puis au Nouveau Centre, fondé par d'anciens de l'UDF, et enfin à l'UDI, dont elle est partie en janvier 2017 pour rejoindre le candidat Emmanuel Macron.

Quelles sont les raisons invoquées pour expliquer son départ ?

C'est au Parisien que Frédérique Dumas a expliqué son choix, dimanche. La députée évoque des "désaccords profonds, sur le fond et sur la méthode", ainsi qu'un oubli des "fondamentaux du macronisme". Sur la méthode, elle regrette la mainmise de "technocrates hors-sol, voire cyniques" sur les réformes. Et dénonce l'absence de débats en interne. "Même donner un avis est vu comme une fronde s'il n'est pas conforme." Frédérique Dumas donne un exemple : celui de la réforme de l'audiovisuel public, qui "devait se faire en coordination avec les députés". "Or, on n'a eu aucune réunion avec le gouvernement, si ce n'est un petit-déjeuner avec le Premier ministre une heure avant les annonces." Et les propositions du rapport du groupe de travail de la majorité, dont elle faisait partie, "ont été balayées d'un revers de main".

" Certaines décisions se réduisent à des coupes budgétaires. Il n'y a pas d'ambition, pas de sens. "

Sur le fond, l'élue des Hauts-de-Seine estime que "certaines décisions se réduisent à des coupes budgétaires. Il n'y a pas d'ambition, pas de sens". Elle regrette également le manque d'exemplarité d'une majorité qui l'avait pourtant porté en étendard au début du mandat. De l'affaire Benalla à l'élection de Richard Ferrand à la présidence de l'Assemblée nationale, en passant par les nominations de Philippe Besson au consulat général de France à Los Angeles et d'Agnès Saal, condamnée pour "frais de taxis indus" au ministère de la Culture, Frédérique Dumas dénonce des décisions incompréhensibles.

Son départ est-il le signe d'un malaise plus profond ?

Un départ accompagné de critiques si virulentes fait forcément du bruit, tant la discipline de groupe des députés LREM est d'ordinaire de mise. Du côté de la majorité, on tente de minimiser l'impact de cette défection. "J'ai l'impression que c'est une démarche individuelle", a réagi le nouveau ministre de la Transition écologique, François de Rugy, lundi sur Europe 1. "Elle explique que c'est à la suite d'un rapport [sur l'audiovisuel public] dont elle n'avait pas l'impression que les conclusions ont été reprises. Quand on a un rassemblement large, ce sont des choses qui arrivent."

Frédérique Dumas elle-même ne prétend pas représenter une quelconque fronde. "Il faut un électrochoc", argue-t-elle dans Le Parisien. "Je souhaite la réussite d'Emmanuel Macron." La députée a décidé de retourner dans son ancien parti, l'UDI, "un vrai contre-pouvoir constructif". "Je veux faire des propositions de l'extérieur", explique-t-elle.