Loi "séparatisme" : pour l'imame Kahina Bahloul, la position de l'Etat est "très ambiguë"

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Kahina Bahloul 1:41
Kahina Bahloul est la première femme imame de France. © Europe 1
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Kahina Bahloul, première femme imame de France, a dénoncé mardi sur Europe 1 la position "ambigüe" du gouvernement sur la loi contre les "séparatismes", qui vise notamment à renforcer l'arsenal contre l'islamisme radical. Elle regrette de ne pas avoir été consultée et s'inquiète de la politisation de la religion musulmane.
INTERVIEW

Alors que le projet de loi visant à lutter contre les "séparatismes" est débattu à partir de mardi au Sénat, Kahina Bahloul, première femme imame de France, a dénoncé l’attitude du gouvernement sur ce dossier. "Je trouve sincèrement la position du gouvernement, et même de l'Etat français, très ambigüe, ne serait-ce que sur la question de la représentativité de l'islam de France aujourd'hui", a-t-elle critiqué mardi au micro d’Europe 1.

"Des libéraux comme nous ne sont même pas conviés aux discussions"

"Nous savons très bien qu'au sein du Conseil français du culte musulman, nous avons des fédérations qui sont très proches des courants de l'islam politique. Cela fait des années que l'Etat français discute avec elles et les considère comme étant représentatives, alors que des gens comme nous, qui sommes des libéraux, qui prônons l'égalité femmes-hommes, qui vivons un islam qui est en harmonie totale avec les valeurs de la République, nous ne sommes même pas conviés à ces discussions", a-t-elle développé.

Le gouvernement a montré depuis plusieurs mois sa volonté de créer un "islam de France", avec la loi contre les "séparatismes" mais aussi le Conseil national des imams, chargé de certifier la formation des imams, ou encore une "charte des principes" de l'islam de France. Le Conseil français du culte musulman s'était d’ailleurs accordé à la mi-janvier sur cette charte qui prévoyait notamment de consacrer l'égalité homme-femme et la non-ingérence de pays étrangers. 

Par ailleurs, la loi contre les "séparatismes" est également critiquée dans l’échiquier politique. À droite, on déplore un texte insuffisant notamment sur la question migratoire, tandis qu'à gauche, la faiblesse du volet social et des mesures de lutte contre les discriminations est pointée du doigt, comme la volonté du gouvernement de "stigmatiser les musulmans". Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, qui porte ce projet de loi, veut lui se montrer intraitable dans la "lutte contre l'islamisme dans la société".

"La politisation de la religion musulmane me renvoie 25 ans en arrière"

Au micro d’Europe 1, Kahina Bahloul s’est plus globalement inquiétée du retour du religieux dans l’espace public. "Cette politisation de la religion musulmane me renvoie 25 ans en arrière, à la décennie noire en Algérie, à ce cauchemar de l’islam politique qui a détruit un pays et tout un peuple pendant plusieurs années. On retrouve dans ce féminisme dit islamique la politisation de la gestion du corps de la femme. Comme si le corps de la femme devait absolument relever d’un débat politique, public, mené par des hommes et des leaders religieux, alors que ça devrait être une affaire privée et individuelle", a-t-elle conclu.

Europe 1
Par Léa Leostic