Le "pacte de Marrakech", ce texte qui agite une partie des "gilets jaunes"

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Un pacte de l'ONU sur les migrations doit être signé par les Etats membres les 10 et 11 décembre à Marrakech. Sur les réseaux, de nombreux "gilets jaunes" s'insurgent contre ce texte.

Le rendez-vous n'aurait peut-être pas fait couler autant d'encre si la grogne des "gilets jaunes" ne s'en était aussi emparée. Les 10 et 11 décembre, Emmanuel Macron est attendu au Maroc, à Marrakech, pour valider un texte déjà adopté en juillet par l'ensemble des membres de l'ONU, à l'exception des Etats-Unis. Ce "pacte de Marrakech", ou "Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières", se veut porteur d'une série de valeurs, par ailleurs déjà formulées dans la Constitution française ou encore la déclaration des Droits de l'Homme. Non contraignant, il pose le constat d'un phénomène migratoire devenu inéluctable et énumère une série de principes aptes à en faire un phénomène positif, c'est-à-dire à "créer des conditions favorables qui permettent à tous les migrants d'enrichir nos sociétés grâce à leurs capacités humaines, économiques et sociales".

Depuis plusieurs jours pourtant, ce document agite de nombreux fantasmes, en particulier du côté des "gilets jaunes", les messages d'alerte appelant à de nouveaux blocages pour s'y opposer se multipliant sur les pages internet apparentées au mouvement.

Comment certains "gilets jaunes" se sont emparés du "pacte de Marrakech"

"Macron doit être destitué avant le 10 décembre, car ce jour-là, il doit signer le pacte de migration de l'ONU", enjoint un poste du groupe Facebook "Alsace blocage national contre la hausse des taxes". "900.000 immigrés supplémentaires par an rien que pour la France", prédit la page "Gilet Jaune pour un droit de modifier la Constitution sur ordre du peuple", dans un message publié mardi, et dans lequel est invoquée la théorie du grand remplacement : "Ne vous trompez pas, sous un apparat de droit de l'hommiste, il s'agit d'une invasion organisée de la France !!".

Des commentaires similaires, à la tonalité complotiste, fleurissaient encore mercredi, notamment sous le Facebook live d'Europe 1 depuis Brignoles. "Je me demande si le gouvernement n'a pas créé ce mouvement pour cacher la signature du pacte de l'ONU", pouvait-on y lire par exemple.

 

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Dénonçant un "pacte abject", le  site d'extrême-droite "Riposte laïque" en appelle également aux "gilets jaunes", et leur demande de "profiter de leur 4ème acte d’action militante pacifique et ordonnée pour bloquer l’Élysée et tout le quartier, mais aussi les aéroports parisiens, afin que Macron ne puisse pas décoller pour se rendre à Marrakech".

Sur Youtube, plusieurs vidéos, mises en ligne par différents comptes ces dernières 24 heures, dénoncent aussi une "destruction programmée de la France", sous couvert de proposer un décryptage de ce texte d'une vingtaine de pages.

Ce qui va être signé à Marrakech

Le pacte "reflète à la fois le point de vue des migrants, dont les Droits de l’Homme sont réaffirmés et les attentes des États, y compris en termes de sécurité et de contrôle des frontières", explique le ministère des Affaires étrangères. Le texte n'a aucune valeur juridique, et donc n'oblige nullement les pays signataires à s'engager sur un quelconque travail législatif, ni sur un seuil chiffré en matière d'accueil.  

Il se contente de proposer "un recueil de bonnes pratiques" quant à la gestion des flux migratoires, en particulier pour limiter les drames humains. Le renforcement de la coopération entre les Etats pour lutter contre les passeurs, ou encore l'amélioration de l'information sur les dangers liés aux mouvements illégaux font partie de l'arsenal présenté pour "réduire l'incidence et l'impact négatif de la migration irrégulière".

"Le principe de souveraineté nationale est explicitement affirmé dans le texte, et est même élevé au rang de 'principe directeur'", rappelle France Diplomatie. Le site d'information du Quai d'Orsay consacre d'ailleurs une très longue explication de texte au contenu de ce pacte, visiblement soucieux de désamorcer les inquiétudes qu'il pourrait générer.

D’où viennent les inquiétudes sur ce texte ?

En effet, le retrait ces dernières semaines de plusieurs pays, au rang desquels l'Autriche de Sebastian Kurz, la Bulgarie de Boïko Borissov ou encore la Hongrie de Viktor Orban - principalement pour des raisons d'opposition entre le législatif et l'exécutif -, a contribué à jeter une forte défiance sur ce texte. Samedi, plusieurs organisations de l'extrême-droite allemande, dont Pegida, ont défilé dans les rues de Berlin, gilets jaunes sur le dos, pour dénoncer le "Pacte de Marrakech". "Notre combat rejoint celui des 'gilets jaunes' français. Ici, nous voulons nous débarrasser de Merkel. En France, ils veulent que Macron démissionne, mais au fond, notre objectif est le même […]", a fait valoir un manifestant interrogé par Le Monde.

En France, les sphères politiques se sont aussi emparées du sujet depuis la semaine dernière. Marine Le Pen a pointé "une nouvelle étape dans la submersion organisée de notre pays" lors d'une conférence de presse organisée lundi au siège du Rassemblement national.

Dans les rangs de la droite, Éric Ciotti, le député LR des Alpes-Maritimes, a dégainé le premier une tribune contre ce texte, publiée par Le Figarole 30 novembre, et dans laquelle il s'indigne contre un "droit à l'immigration opposable", estimant que ce pacte pourrait servir de référence en matière de politique migratoire des États.

Son raisonnement a fini par être repris par une partie de sa famille politique. Les Républicains ont ainsi demandé au gouvernement d'organiser un débat parlementaire autour de ce texte, a fait savoir Annie Genevard. "Prenant prétexte qu'il s'agirait d'un texte présenté comme juridiquement non contraignant, le gouvernement français n'en a pas saisi le Parlement pour en débattre avant sa signature, pas plus qu'il ne semble vouloir le faire ultérieurement", explique dans un communiqué publié mercredi la secrétaire générale du parti. Reprenant l'argument de "l'instauration d'un véritable droit à la migration", elle estime que ce pacte va contribuer "à alimenter des vagues migratoires propres à déstabiliser de nombreux États."