Alors que l’État veut accélérer la reconstruction après le mégafeu qui a ravagé 42.000 hectares en Gironde, Sébastien Lecornu a été accueilli sous les huées au Porge, ce lundi 17 août. Face à près de 200 habitants en colère, le Premier ministre entend lancer un vaste chantier de reconstruction, mais aussi répondre aux critiques sur la prévention et les moyens accordés au territoire.
Un accueil brûlant. Trois semaines après le mégafeu qui a ravagé une partie de la Gironde, Sébastien Lecornu s’est rendu lundi au Porge pour lancer le chantier de la reconstruction. Mais le déplacement du Premier ministre a débuté sous les huées d’habitants encore marqués par le sinistre et méfiants à l’égard de l’État.
La colère était palpable lundi matin au Porge. Près de 200 habitants, vêtus de noir, se sont rassemblés devant la mairie de cette commune durement touchée par le gigantesque incendie de juillet. À l’approche du véhicule du Premier ministre, ils ont hué et applaudi ironiquement, certains criant : "Il est où ? Il est où ?".
Au cœur de la contestation : le sentiment de ne pas être suffisamment entendus par les pouvoirs publics. Le Porge a payé un lourd tribut au mégafeu, avec 183 maisons détruites. Pour les habitants, la reconstruction ne pourra pas se limiter à des annonces venues de Paris.
«Ça aurait été quand même un minimum» que le Premier ministre rencontre directement les habitants, estime Tony Veiga, un retraité de 65 ans, dénonçant l’impression d’être considérés comme «quantité négligeable».
Sébastien Lecornu s’était pourtant rendu au Porge dès dimanche, lors d’une première visite effectuée, selon son entourage, «sans caméras», aux côtés du maire Martial Zaninetti. Lundi, le chef du gouvernement devait rencontrer des membres d’un collectif d’habitants ainsi que des pompiers. Il devait ensuite se rendre à Mérignac, près de Bordeaux, pour une table ronde de trois heures réunissant élus locaux et acteurs de la reconstruction.
Un territoire profondément marqué
Le feu, fixé le 1er août, a parcouru environ 42.000 hectares, ce qui en fait le plus vaste incendie enregistré en France depuis 1949. Les flammes se sont approchées à une quinzaine de kilomètres de l’agglomération bordelaise et ont entraîné l’évacuation de plus de 220.000 habitants et touristes.
Le sinistre girondin s’inscrit dans un été particulièrement difficile sur le front des incendies. Près de 100.000 hectares ont déjà brûlé en France depuis le début de l’année 2026, selon le système européen de surveillance des feux de forêt, un niveau inédit depuis le début des relevés satellitaires il y a vingt ans.
Face à l’ampleur des dégâts, le gouvernement a décidé de mobiliser un dispositif exceptionnel. Six ministres accompagnent Sébastien Lecornu, aux côtés des membres de la mission «reconstruction» pilotée par l’État.
L’objectif affiché par Matignon est clair : accélérer la reconstruction tout en intégrant davantage la prévention des futurs incendies. Les sinistrés doivent bénéficier d’un accompagnement individuel, d’abord pour leur relogement, puis pour la reconstruction de leurs habitations. La remise en état de la forêt, elle, devra s’inscrire dans un calendrier beaucoup plus long.
Les acteurs locaux réclament des moyens
Mais sur le terrain, les annonces gouvernementales peinent à calmer l’impatience. Les acteurs forestiers demandent avant tout des moyens concrets pour mieux prévenir les prochains feux.
"On sait comment gérer notre forêt, on connaît nos besoins. Plutôt que d'organiser des commissions parlementaires ou d'envoyer des inspecteurs généraux, il faut d'abord nous aider à faire", a formulé récemment Bruno Lafon, président de la DFCI (Défense des forêts contre l'incendie) Aquitaine.
La DFCI a d’ailleurs réalisé en urgence plus de 120 kilomètres de pare-feu, notamment en abattant des milliers de pins à la fin du mois de juillet.
La logique défendue par les acteurs forestiers est simple : investir dans la prévention en amont coûterait moins cher que de reconstruire des dizaines de milliers d’hectares après un incendie majeur.
«Faites-nous un plan Marshall»
Au Porge, les attentes dépassent largement la seule reconstruction des maisons détruites. La semaine précédente, le maire Martial Zaninetti avait appelé le gouvernement à mettre en place un véritable «plan Marshall» pour son territoire.
Dans cette commune d’environ 3 500 habitants, les commerçants ont également formulé leurs propres revendications sous forme de lettre. Ils réclament notamment des exonérations de charges et une indemnisation des pertes d’exploitation provoquées par le sinistre et les évacuations.
L’État a déjà instauré une aide temporaire et exceptionnelle destinée aux entreprises de moins de 250 salariés touchées par les incendies en Gironde, dans les Landes et dans le Var. Le chômage partiel peut également être pris en charge pour les entreprises contraintes de fermer en raison des évacuations.
Mais ces mesures ne suffisent pas à dissiper la défiance. Pour certains habitants, le problème est aussi celui de l’écoute. «On n’a retenu aucune leçon de 2022», déplore ainsi une habitante du Porge, rappelant les gigantesques incendies qui avaient déjà ravagé la Gironde quatre ans plus tôt.
Reconstruire, mais surtout se préparer
La visite de Sébastien Lecornu intervient donc dans un climat particulièrement tendu. Le gouvernement veut montrer que l’État prend en charge la reconstruction du territoire, tandis que les habitants réclament des réponses rapides et adaptées aux réalités locales.
Le défi sera double : reloger les sinistrés et reconstruire les infrastructures détruites, tout en transformant durablement la politique de prévention des incendies.
À Saumos, autre commune touchée par le feu, la mairie a ainsi appelé Emmanuel Macron à «écouter» les acteurs locaux «avant de décider».
Le gouvernement assure vouloir avancer rapidement. Reste désormais à convaincre une population qui, trois semaines après le mégafeu, attend moins des promesses que des résultats concrets.
Le chef de l'Etat, qui doit recevoir lundi à Brégançon des maires de communes du Var affectées par le feu du Gros Bessillon, avait opposé aux critiques sur la gestion des incendies le fait d'avoir "quasiment doublé le budget de la sécurité civile" en dix ans, lors de sa visite à Bordeaux fin juillet.