FICTION - Et si Macron avait persévéré dans le théâtre ?

Brigitte et Emmanuel Macron
Brigitte et Emmanuel Macron © AFP
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Par Julien Moraux, écrivain, publié dans Marianne
Dans son dernier numéro de l'année, l'hebdomadaire Marianne a fait le choix de la fiction en proposant des uchronies. Ce genre littéraire permet de réécrire l'histoire et l'actualité en imaginant un autre scénario que ce qu'il s'est réellement passé. Europe 1, partenaire de ce numéro double, vous propose l'une des uchronies du magazine : "Et si Macron avait persévéré dans le théâtre ?"

>> Finir l'année en uchronies. C'est ce que propose Marianne dans son numéro double de fin d'année, en kiosques le 17 décembre. Dans ce dernier numéro, dont Europe 1 est partenaire, Marianne a fait le choix de la fiction en proposant des histoires réécrites sur le mode de l'uchronie. Le principe de ce genre littéraire et journalistique est de réécriture l'histoire ou l'actualité, qu'on pourrait résumer en deux mots : "et si". Partenaire de ce numéro, Europe 1 vous propose l'une des uchronies publiée dans Marianne : "Et si Macron avait persévéré dans le théâtre ?". 

 

Science-Po, ENA, Inspection des finances et banque Rothschild. Décidément, un parcours trop atypique pour une carrière d’intermittent du spectacle.

"Lorsqu’il tourna la molette du chauffage de sa Kangoo, le ventilateur émit un bruit métallique inquiétant et la soufflerie s’arrêta tout à fait. Emmanuel expira un peu d’air chaud dans ses mains puis démarra. Il repensa au jour d’achat du véhicule, le 9 juin 2006, soit pile au moment où la dix-huitième édition de la Coupe du monde de football débutait. Quatorze ans plus tard et 278 456 km au compteur, sans presque aucune panne, et ce grâce à un entretien régulier chez Norauto, Emmanuel envisagea pour la première fois de changer de voiture. Pourtant, en regardant les CD qui débordaient de la boîte à gants, il ne put empêcher les bons souvenirs des tournées passées de remonter. Saint-Quentin. Rouen. Beauvais. Quels moments ! Son visage s’illumina et il alluma la radio qui jouait un tube des années 1980. "Qu’est-ce qui monte qui rime avec toujours ?" "C’est l’amour", chantonna-t-il.

Il arriva à la Maison du Théâtre et aperçut, devant la porte rouge, Didier qui se grillait une clope en pianotant sur son téléphone. Didier travaillait au rayon fromagerie du Super U de Flixecourt à une vingtaine de minutes d’Amiens. Mastard d’un mètre quatre-vingt-huit, il jouait le rôle de Dominique, le mari trompé dans la pièce dont la première représentation avait lieu le soir même. Emmanuel avait quasiment écrit seul Madame porte la culotte. Néanmoins, comme pour les précédents textes, Brigitte avait retravaillé quelques scènes, allégé des dialogues, cimenté les actes. Mais tous les deux étaient d’accord pour affirmer que c’était la meilleure qu’ils avaient montée ensemble, la meilleure avant leur grand projet : adapter La Peste, de Camus.

– Alors, Macron, lança Didier, les chocottes ?
Emmanuel lui tapa amicalement le dos.
– Brigitte est arrivée ?
– Elle règle les derniers préparatifs, y’a un blème avec la sono, je crois. Et Kader qui s’occupe des lumières comprend rien à tes notes.
– Je vais aller jeter un oeil.

Emmanuel poussa la porte et entendit Brigitte hurler. Il pénétra dans la salle, sentit l’odeur propre du lieu, caressa du bout des doigts les fauteuils rouges à mesure qu’il se dirigeait vers la fosse d’orchestre. Excédée, Brigitte balança son bloc sténo au sol.

– Mais bordel, Christian, ça fait vingt fois que je te le répète ! Tu entres côté jardin !

Au milieu de la scène, un type d’une soixantaine d’années, cheveux gris frisés, épaules tombantes, cachait derrière les verres de ses grosses lunettes à écailles l’expression de la plus totale des incompréhensions. Il tenait le rôle du majordome.

– Par là ?, balbutia-t-il.
– Non, Christian. L’autre côté, à gauche. Enfin, sur ta droite… là ! Tu vois ? Pense Jésus-Christ, Christian… Jésus, Christ !
– Du coup, je vais par là ? – Jésus-Christ bordel ! J., C. : jardin, cours.

Emmanuel entra dans le champ de vision de Brigitte. Ses traits se détendirent et elle alla l’embrasser. Deux bises. Joue gauche. Joue droite.

– Alors, comment tu te sens pour la première ? – Ça va ! Ça va ! J’ai pris un Guronsan et deux Smecta. J’ai repensé à un truc….
– Arrête de penser à des trucs, coupa-t-elle d’un baiser sur le front. Va te changer. Marie a repris ton costume, ça devrait aller.

Emmanuel sentit son rythme cardiaque s’accélérer. Le sang battait dans ses tempes comme un solo de batterie. Il fixait les lèvres de Brigitte puis son regard plongea dans le sien.

– Brigitte, je t’aime !, déclara-t-il.
– Recommence pas avec ça, dit-elle dans un éclat de rire. Va te changer, on t’attend. Ce soir, c’est ton soir ! Ruquier sera dans la salle.