Le PNF fait l’objet de nouvelles critiques après l’ouverture d’une enquête visant Dominique de Villepin et l’annonce des réquisitions contre Edouard Philippe, à moins d’un an de la présidentielle. Délais d’instruction, rapidité de certaines procédures et soupçons de politisation relancent le débat sur son rôle.
Le parquet national financier tente-t-il de s'immiscer dans la vie politique ? La question se pose après l'ouverture, mardi, d'une information judiciaire contre Édouard Philippe pour détournement de fonds. Ce mercredi, une autre enquête a été ouverte pour le même motif contre Dominique de Villepin, dans l'affaire des statuettes qui lui ont été offertes lors de son passage au Quai d'Orsay.
Ces rebondissements visant des candidats majeurs à l'élection présidentielle interrogent, à moins d'un an du premier tour. De nombreuses voix dénoncent une instrumentalisation de la justice par le PNF.
Les délais d'instruction du PNF posent question
L'action du Parquet national financier interroge jusque dans la magistrature. Béatrice Brugère, secrétaire générale d'Unité Magistrats, souhaite le réformer. "Il a beaucoup de pouvoir. Est-ce qu'il en a trop ? Certains diront que oui. Moi, je pense qu'en tout cas, il faut faire attention à ne pas trop donner de pouvoir à un procureur sans penser, évidemment, aussi aux droits des parties et aux contre-pouvoirs, afin d'éviter tout arbitraire", insiste-t-elle.
Les délais d'instruction du PNF posent également question. D'un côté, certaines affaires traînent, comme les perquisitions, dans l’enquête sur l’attribution d’un marché public dans le cadre des commémorations des 10 ans des attentats du 13 novembre 2015 par la mairie de Paris socialiste, qui n’ont eu lieu qu'après le second tour des municipales, alors que l’enquête était ouverte depuis le 6 février. "Pourquoi avoir attendu la réélection de la majorité socialiste pour ordonner ces perquisitions ?", interroge Régis de Castelnau.
Une dérive militante
De l'autre, le PNF peut se montrer particulièrement rapide. Quelques semaines seulement ont suffi pour mettre en examen François Fillon avant le premier tour de la présidentielle en 2017 ou encore pour mener des dossiers visant Édouard Philippe et Dominique de Villepin à l'approche de celle de 2027.
Pour Régis de Castelnau, avocat et auteur d’Une justice politique, cela s'explique par une dérive militante. "Le fait qu'il se réanime à l'approche de cette présidentielle, ce n'est pas normal. On attendrait un peu de réserve", estime-t-il. Plusieurs élus, comme Éric Ciotti, demandent désormais sa suppression.