ENQUÊTE - Islam : y aura-t-il des listes communautaires aux municipales ?

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© LOÎC VENANCE / AFP
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Des listes communautaires, montées par l'Union des démocrates musulmans français, pourraient être présentes dans une cinquantaine de villes lors des municipales. Un phénomène qui inquiète la classe politique.
ENQUÊTE

Dans son discours au Parlement lundi, lors du débat sur l’immigration, le Premier ministre Édouard Philippe a fait lundi état de "dérives communautaires" au sein de la société. Et à ce sujet, un phénomène inquiète une partie de la classe politique : que des listes qualifiées de "communautaires" émergent pendant les municipales de mars prochain.

Le premier à avoir mis le sujet sur la table c'est Gérald Darmanin, au lendemain des européennes. Le ministre s'inquiète des résultats de la liste de l'Union des démocrates musulmans français (UDMF). Certes, avec 0,13%, le score est microscopique au niveau national, mais il y a eu des pics dans certaines villes : dans un bureau de vote de sa région, à Maubeuge, sur 170 votants, 70 ont voté pour cette liste. Par ailleurs, le parti a obtenu plus de 10% dans 50 bureaux de vote du pays, et plus de 15% dans 20 bureaux.

Une cinquantaine de listes prévues

Et l’UDMF ne compte pas s’arrêter là. Pour les municipales, la toute jeune formation politique est en train de monter des listes dans une cinquantaine de villes : Paris, Marseille, Nice, quelques villes du nord, comme Maubeuge, ou encore en Touraine, à Joué-Lès-Tours. Ses dirigeants essayent aussi de s'organiser dans des villes de région parisienne - telles Gennevilliers, Mantes-la-Jolie, Les Mureaux - ou en banlieue lyonnaise, à Vénissieux et à Vaulx-en-Velin, où sera officiellement lancée la campagne de l'UDMF le 2 novembre.

Côté programmatique, le parti se revendique de gauche, "anticolonialiste, anti-impérialiste, et antisioniste" et veut lutter contre l'islamophobie. Une gazette en ligne a même été créée pour accompagner le développement du parti, "Le foulard déchaîné". Sur le site de l'UDMF, le programme parle écologie, économie, lutte contre l'évasion fiscale. Il comporte aussi des propositions sur la finance islamique, le halal, l'enseignement de l'arabe et regrette l'interdiction du voile à l'école. Ce parti se voit en fait comme l'équivalent musulman du Parti chrétien démocrate.

"Il faut arrêter avec cette caricature et ces amalgames"

Et l’objectif désormais, pour ses leaders, c’est de calmer les inquiétudes. Son président, Nagib Azergui, rejette ainsi avec force les accusations de communautarisme. "Notre programme ne traitera pas de transformer les cantines de l'école de la république en cantines halal, je vous rassure", assure ce Seine-et-Marnais de 46 ans. "Ça ne sera pas des piscines où hommes et femmes seront séparés. Il faut arrêter avec cette caricature et ces amalgames."

Pourtant, certains aimeraient tout bonnement faire interdire ce genre de liste. C'est ainsi ce que Xavier Bertrand réclame au nom de la lutte contre "l'islam politique". Mais un ministre est formel : il n'y a "aucun fondement juridique" pour empêcher ce parti, ou un autre, de se présenter aux élections. On est en démocratie". Le ministre de l'Intérieur l'a dit cette semaine : "Le fait d'avoir une religion ne vous empêche pas de faire de la politique". Mais Christophe Castaner prévient : "S'il y a la moindre parole qui mette en cause les fondements de la République, je serai le premier à interdire".

Europe 1
Par Aurélie Herbemont, édité par R.D