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Romain David
Invité d'Europe 1, Thierry Beaudet, président de la FNMF, considère que le reste à charge des personnes vivant en Ehpad reste trop élevé, malgré les aides publiques.
INTERVIEW

Comment mieux prendre en charge la dépendance quand la population française, conséquence du baby-boom, ne cesse de vieillir ? Le président de la République a promis de présenter en 2019 une grande réforme de la dépendance, prévoyant notamment une meilleure prise en charge. Alors qu'Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, attend d'ici mars un rapport de Dominique Libault, l'ancien patron de la Sécu, sur le financement de ce chantier, la Fédération nationale de la mutualité française (FNMF), qui regroupe la quasi-totalité des mutuelles, se risque de son coté à une série de propositions par la voix de son président, Thierry Beaudet.

Dans un entretien accordé au Parisien, ce responsable propose notamment d'adapter le prix des Ehpad en fonction des revenus des pensionnaires, mais évoque également la création d'une "assurance dépendance généralisée obligatoire", destinée à soutenir les finances publiques dans ce domaine.

 

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Faire face au vieillissement de la population. "Une des spécificités de notre pays, c'est que 41% des Français en perte d'autonomie sont dans des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes", pointe Thierry Baudet, cette fois au micro de Matthieu Belliard, sur Europe 1. Un chiffre qui dépasse largement la moyenne européenne (32%), et celle d'autres pays de l'OCDE, comme le Canada où seulement 12% des personnes âgées devenues dépendantes finissent leurs jours dans des établissements spécialisés. Or, le vieillissement démographique français indique que la population en Ehpad va continuer d'augmenter, et sa prise en charge peser de plus en plus fortement sur les finances publiques.

"D'ici 2060, on s'attend à un doublement du nombre des personnes âgées dépendantes. On voit bien qu'il faudra faire appel à des financements importants", explique le patron de la FNMF. "Aujourd'hui, dans notre pays, la prise en charge de la dépendance c'est 30 milliards d'euros, dont 24 milliards pris en charge par la dépense publique". Un chiffre important mais qui est encore loin de couvrir toutes les dépenses auxquelles sont confrontées les personnes en Ehpad.

Rendre les Ehpad financièrement plus accessibles. Le reste à charge moyen en Ephad est en effet de 2.000 euros par personne, une somme supérieure à ce que touche chaque mois un résident sur deux, selon les chiffres de la Mutualité française. "De notre point de vue, il faut revoir le mode de financement pour rendre les Ehpad accessibles à ceux de nos concitoyens qui ont les revenus les moins élevés", plaide Thierry Beaudet. Ce dernier propose donc d'aligner le système sur ce qui se fait déjà dans les crèches, à savoir adapter les tarifs aux revenus de chacun.

Pour éviter que certains établissements ne sélectionnent leur patientèle en fonction des revenus de cette dernière, Thierry Beaudet imagine également l'instauration d'un tarif plafond, "les aides publiques étant là d'une certaine manière pour compléter et garantir l'équilibre financier des établissements".

 

Trouver de nouveaux financements. Mais pour supporter un tel système, l'Etat va devoir trouver un moyen de consolider ses caisses. La Fédération nationale de la mutualité française planche donc sur la mise en place d'une "assurance dépendance obligatoire", intégrée à la complémentaire santé. "Notre souhait, c'est que naturellement la solidarité nationale puisse jouer pleinement son rôle. Si, par hypothèse, on était dans l'incapacité de dégager un financement public intégral, alors on proposerait une assurance dépendance complémentaire, généralisée et obligatoire, par exemple à partir de l'âge de 40 ans", poursuit Thierry Beaudet. Selon un calcul qu'il a effectué dans les colonnes du Parisien, une cotisation mensuelle de 10 à 15 euros permettrait d'alléger la facture des résidents les plus dépendants de 500 euros.