Dans son documentaire sur les gilets jaunes, François Ruffin a filmé "le moment où la honte privée devient colère publique"

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Sur Europe 1 jeudi, le réalisateur et député François Ruffin a défendu son documentaire sur les hommes et les femmes qui, à force de désespérance, ont revêtu le gilet jaune.
INTERVIEW

Après Merci Patron, césarisé en 2017, le réalisateur et député LFI de la Somme François Ruffin revient avec un nouveau documentaire, cette fois sur les "gilets jaunes", et baptisé J'veux du soleil !. L'avant-première a eu lieu mardi dans un cinéma des Champs-Élysées, avant de sortir dans toutes les salles le lendemain. Au micro d'Audrey Crespo-Mara, jeudi sur Europe 1, François Ruffin a assuré ne pas avoir fait "un film sur le mouvement des 'gilets jaunes', mais sur des hommes et des femmes qui, à un moment donné, ont revêtu le gilet jaune."

>> Découvrez la bande-annonce de J'veux du soleil ! 

Mettre en lumière les invisibles. "Ça fait 20 ans que j'entends ces témoignages dans mon coin. Mais pendant 20 ans, on ne pouvait pas venir avec une caméra. On ne pouvait pas mettre leur nom parce qu'ils vivaient dans la honte. Et là, c'est le moment où la honte privée devient colère publique. Le moment où les invisibles deviennent hyper visibles. C'est le moment où les gens qui sont le plus sous la chape de plomb de la résignation se mettent à être traversés d'une espérance, celle que leur vie va s'améliorer", défend le réalisateur.

Des ronds-points, pas des manifs. Pour réaliser J'veux du soleil !, François Ruffin et son équipe ont parcouru la France des ronds-points, celle qui se réunit tous les week-ends, partagent un même isolement, un même sentiment d'injustice sociale, un même ras-le-bol. En revanche, le documentaire ne montre pas les manifestations, le samedi, à Paris ou en province. "Les manifestations ne sont pas un bon lieu de tournage, car ce sont des moments où la parole commune tue la parole individuelle", justifie l'élu La France insoumise.

>> De 7h à 9h, c'est deux heures d'info avec Nikos Aliagas sur Europe 1. Retrouvez le replay ici

"Ce que je viens chercher, ce sont les personnes, les humains. Dans notre peuple, il y a des millions d'ouvriers, de retraités, de chauffagistes, d'intérimaires, des personnes handicapées, des auxiliaires de vie sociale… Des gens qu'on ne voit jamais. Moi, je vais les chercher, je vais les extraire de la masse, et je vais leur mettre un prénom, un visage, une existence."

Les leaders volontairement écartés. Les leaders des "gilets jaunes" que peuvent être Eric Drouet ou Maxime Nicolle ne figurent pas non plus au casting. Un choix volontaire de la part de François Ruffin. "Je fais du cinéma, donc j'évite les porte-paroles. Pourquoi ? Parce que ce sont des gens qui parlent déjà au nom du 'nous' et qui tue une parole personnelle. Je viens chercher des anonymes, pas ceux qui ont déjà accès aux médias. Il y a des centaines de milliers de personnes qui se sont réveillées cet automne, ce n'est pas résumable à quelques individus."

Macron, le méchant du film. Mais s'il y a bien un "acteur" archi-présent dans le documentaire, c'est Emmanuel Macron. Le réalisateur a sciemment entrecoupé les témoignages de "gilets jaunes" par des déclarations présidentielles. François Ruffin l'assure : le chef de l'État n'est pas SON obsession, mais celle de tous ces Français mobilisés sur les ronds-points. "Le grand fédérateur du mouvement, c'est Emmanuel Macron. À chaque rond-point, c'est 'Macron Démission'." Et d'ironiser : "En plus, je pense qu'on ne fait pas un bon film sans un méchant, et là on a un grand méchant président."

Europe 1
Par Anaïs Huet