Ce qu'il faut retenir du discours de Macron sur les violences sexistes et sexuelles

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© LUDOVIC MARIN / POOL / AF
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Le président a pris la parole pendant une heure, samedi, pour dévoiler un plan gouvernemental de lutte contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes. Il a évoqué plusieurs mesures, sans toujours entrer dans le détail.
L'ESSENTIEL

Le discours était très attendu, dans un contexte lourd de prise de conscience collective. Alors que la parole des femmes victimes de violences se libère et qu'éclate, avec elle, l'ampleur du chemin qui reste à parcourir pour parvenir à l'égalité entre les hommes et les femmes, Emmanuel Macron a pris la parole sur le sujet samedi et décrété le sujet "grande cause nationale du quinquennat". Pendant une heure, après avoir observé une minute de silence en hommage aux 123 femmes tombées sous les coups de leur compagnon, le président a égrené les mesures contenues dans le plan gouvernemental de lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Celles-ci s'articulent autour de trois axes : l'éducation et le combat culturel, l'accompagnement des victimes et le renforcement de l'arsenal répressif.

Augmentation de budget. Tout d'abord, le président a promis d'augmenter le budget consacré au sujet des violences faites aux femmes de 13% en 2018, pour atteindre "son plus haut jamais connu". Au total, le budget interministériel atteindra donc 420 millions d'euros.

Formation des professeurs. Côté éducation, Emmanuel Macron a estimé que cela restait "le principal lever de lutte" contre les violences sexistes et sexuelles. Et "cela commence dès la crèche". "La crèche, ce n'est pas qu'un lieu de garde, c'est un lieu où on se construit, on apprend à être. Les représentations qui sont données auront des conséquences." Le chef de l'État veut donc former les personnels de la petite enfance, ainsi que les enseignants de maternelle. Une éducation permanente qui doit se poursuivre à l'école, où les "imaginaires ultra-virils" façonnés entre autres par la publicité doivent être "déconstruits". Un module de formation à la lutte contre les violences faites aux femmes sera  intégré dans les formations des professeurs, afin qu'ils puissent intervenir sur ces sujets.

Les prérogatives du CSA étendues. Pour mener le "combat culturel", Emmanuel Macron veut s'appuyer sur diverses instances, notamment le CSA. "Il joue un rôle indispensable pour réguler les contenus" audiovisuels, a souligné le président, ses prérogatives doivent donc être étendues aux jeux vidéo, aux contenus sur Internet et aux contenus pornographiques. "Nous devons repenser le cadre de la régulation des contenus audiovisuels", a résumé Emmanuel Macron. Par ailleurs, des "modifications législatives seront apportées" l'année prochaine pour "mieux prévenir et poursuivre ceux qui agissent sur Internet pour harceler". 

Services publics. Le chef de l'État a également abordé la question des services publics, qu'il veut "adapter" afin qu'ils "protègent mieux les femmes". Prenant l'exemple des transports, il s'est dit favorable à la généralisation des arrêts à la demande dans les bus de nuit.

Communication. En matière de communication, le gouvernement prévoit de lancer une campagne nationale, dont des extraits ont été diffusés samedi, afin de "susciter une conscience collective", mais aussi informer les femmes sur les numéros verts à disposition et les démarches à suivre lorsqu'elles sont victimes de violences.

En entreprise. Comme le sexisme et les violences ne s'arrêtent pas aux portes de l'entreprise, Emmanuel Macron souhaite repérer les sociétés qui discriminent les femmes, à l'embauche ou durant leur carrière, grâce à des opérations de "testing". Par ailleurs, il a appuyé sur le rôle important de l'inspection du travail pour repérer les cas de sexisme. Dans les administration, une "cellule d'écoute dédiée" aux femmes victimes de violence doit être mise en place.

Pré-plainte. Partant du constat que les femmes victimes de violences ont du mal à aller porter plainte, le gouvernement veut leur donner la possibilité de le faire en ligne. "Cela permettra [à la victime] d'être orientée et accompagnée de chez elle vers les commissariats et les associations", a expliqué Emmanuel Macron, qui a également souligné la nécessité d'avoir des policiers "formés et disponibles 24h/24, 7j/7".

Les unités médico-judiciaires pourront également récolter de premières preuves sans dépôt de plainte, afin que d'éventuelles démarches ultérieures soient facilitées. Et des policiers et des gendarmes dédiés travailleront en lien avec les structures d'accueil des victimes de violence. "Bien souvent, les femmes ont peur d'aller jusqu'au commissariat. La justice viendra aux femmes, et non l'inverse", a résumé Emmanuel Macron.

Les professionnels de santé en première ligne. Pour le président, les professionnels de santé sont en première ligne pour repérer les femmes victimes de violence. "N'oublions pas qu'avant d'arriver à la plainte et ce qui est parfois l'irréparable, il y a eu des signes, des tentatives de parole, des occasions manquées", a déclaré Emmanuel Macron. "Je souhaite que soit généralisé le questionnement systématique des femmes sur les sujets de harcèlement et de violence par tous les professionnels de santé. Ce peut être le point de départ, le déclic." Par ailleurs, dix unités de soins psychotraumatiques seront déployées pour accompagner les victimes dans leur reconstruction. Des soins qui pourraient être pris en charge par la sécurité sociale.

Un durcissement des lois. Du côté de l'arsenal répressif, Emmanuel Macron a confirmé ce qu'il avait déjà promis. D'abord, la création d'un "délit d'outrage sexiste, verbalisable immédiatement, au montant dissuasif". "Les rues ne sauraient être l'enfer quotidien des femmes de France", a martelé le président.

Présomption de non-consentement. Comme prévu, le délai de prescription pour les délits et crimes sexuels commis sur les mineurs sera rallongé à 30 ans, au lieu de 20 actuellement. Enfin, une "règle claire" sera fixée sur la présomption de non-consentement des mineurs. Au-dessous d'un certain âge, il existera une présomption irréfragable de non-consentement. Emmanuel Macron s'est dit favorable à titre personnel à ce que cette limite soit instaurée à 15 ans, âge de la majorité sexuelle.