A Toulouse, les soutiens de Mélenchon sentent "le souffle qui se lève"

Jean-Luc Mélenchon
Jean-Luc Mélenchon a tenu un meeting en plein air dimanche, à Toulouse, devant 70.000 personnes selon son équipe. © Eric CABANIS / AFP
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, envoyée spéciale à Toulouse , modifié à
Le candidat de la France Insoumise a tenu un meeting en extérieur suivi par plusieurs dizaines de milliers de personnes. Dans le public très hétéroclite, tous croient à la qualification pour le second tour.
REPORTAGE

Jean-Luc Mélenchon et Toulouse, c'est une grande histoire de discours, et d'espoirs de victoire. C'est dans la Ville rose que le candidat à la présidentielle avait donné, en 2012, à deux semaines du premier tour, l'un de ces meetings en plein air qui faisaient souffler un vent de renouveau sur la campagne. A l'époque, ses ambitions avaient été déçues, le candidat n'écopant que d'une quatrième place, à un peu plus de 11% des suffrages. C'est aussi là qu'il avait lancé sa campagne en août dernier, dans les jardins de l'Observatoire, lors d'un pique-nique de la France Insoumise, son nouveau mouvement créé pour prendre l'Elysée en 2017. Et c'est là, enfin, que Jean-Luc Mélenchon a donné l'un de ses derniers meetings avant le premier tour, dimanche.

S'il semble donc rejouer le match, le candidat a pris soin d'effectuer quelques changements stratégiques. Exit la place du Capitole investie en 2012, devenue trop petite. C'est à la Prairie des Filtres, sur les berges de la Garonne, que le chantre de la VIe République a pris la parole. Les drapeaux communistes ont été remplacés par les bannières tricolores. Et les partisans du candidat, eux aussi, se sont renouvelés.

"Il y a cinq ans, Mélenchon ne m'avait pas marqué". A 21 ans, Kévin (voir photo ci-dessous) s'apprête à voter pour la première fois. Mélenchon, évidemment. "En 2012, je m'intéressais à la politique mais je pensais, comme beaucoup de monde encore aujourd'hui, que les candidats étaient tous des pourris et que je n'avais pas envie de soutenir ce système", explique le jeune homme enthousiaste, casquette vissée sur la tête et grandes lunettes rondes, inscrit comme bénévole pour accueillir le public au premier meeting auquel il assiste. "Il y a cinq ans, Jean-Luc Mélenchon, il ne m'avait pas marqué."

Le temps a fait son œuvre. Le jeune étudiant en management s'est intéressé à l'eurodéputé fin 2015, lors de l'affaire de la chemise arrachée du DRH d'Air France. "Il avait une parole différente." Jeudi dernier, il a fini par rejoindre un groupe d'appui de la France Insoumise. "Quand t'as fait le tour de tes amis et de ta famille, t'as envie d'aller plus loin, de diffuser le programme et les idées à plus de personnes."

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"Il a bien animé le meeting". Premier meeting, première grande satisfaction. Kévin s'attendait à ce que Jean-Luc Mélenchon "déroule son programme et recadre les choses" sur les attaques à l'encontre de sa politique étrangère, notamment sur sa volonté d'intégrer l'Alliance bolivarienne ou ses affinités avec le Venezuela et la Russie. Il a été servi. "La France a signé 77 traités bilatéraux avec le Venezuela, 184 avec la Russie, 50 avec la République islamique d'Iran", s'est insurgé le tribun, sous les rires et les applaudissements, rappelant que chacun de ses adversaires en avait approuvé plusieurs. La meilleure défense, c'est bien l'attaque. "Il a démontré que certaines des accusations à son encontre étaient infondées, c'était important de le faire", estime Kevin, qui a trouvé "l'éloquence" de son champion "fascinante". "Il a bien animé le meeting. Comme il l'a dit, 'l'humour est un bon anti-salissant'. C'est mieux que de jouer sur les peurs ou les émotions, comme d'autres le font."

"Clairement, il m'a vendu du rêve". Clara, tout juste 18 ans, a elle aussi adoré son "baptême de meeting", vécu avec une bande d'amis : "clairement, il m'a vendu du rêve." Les propositions "sur la culture et l'art", mais aussi sur la sortie de l'Otan, lui ont particulièrement plu. Elle essaiera d'aller voir aussi Benoît Hamon, mardi soir. "Mais c'est vrai que, là, j'avais déjà une préférence pour Mélenchon, et ça m'a beaucoup conforté dans mon choix." Sa copine Jeanne est, elle aussi, séduite. Venue à la Prairie des Filtres "par curiosité", cette fille d'intermittents du spectacle voulait se faire "son propre avis". "J'ai trouvé ça puissant, il y avait la puissance de la rhétorique et du moment. Tout le monde le disait mais j'ai pu le vérifier : il a une prestance." Une seule ombre au tableau : celle qui n'aura 18 ans qu'après la présidentielle est "un peu dégoûtée de ne pas pouvoir voter".

" Il n'est pas comme les autres candidats. Il peut apporter un très gros changement. "

"Il pourrait vendre des lunettes à un aveugle." Sabrina, elle, pourra le faire. Le candidat est déjà choisi, le meeting n'a fait que le confirmer. "On le sait tous, c'est un grand orateur. Il pourrait vendre des lunettes à un aveugle", s'amuse la jeune fille de 23 ans. Pourtant, en 2012, la politique en général, et Mélenchon en particulier, "ce n'était pas [son] truc". Mais depuis le début de l'année, le leader de la France Insoumise l'a fait changer d'avis. "Il n'est pas comme les autres candidats. Il peut apporter un très gros changement." Son ami Maxime, 27 ans, ne dit pas autre chose. Il y a cinq ans, "pas du tout intéressé" par Jean-Luc Mélenchon, il avait voté Bayrou au premier tour, blanc au second. Et puis le programme de la France Insoumise l'a fait pencher à gauche. "C'est vraiment axé sur l'écologie, le social."

"Tu te dis qu'il se passe un truc." Ce phénomène de bascule ne surprend pas Clémentine. "Je ne me suis jamais cachée de voter Mélenchon", explique cette chargée de communication dans le tourisme de 28 ans. "En 2012, j'étais dénigrée, vraiment. Les gens me disaient que j'étais une sale communiste. En cinq ans, il y a eu un changement." Les difficultés économiques et sociales, la déception liée au quinquennat de François Hollande poussent beaucoup des gens qu'elle fréquente aux extrémités de l'échiquier politique. "Je me suis retrouvée au chômage, j'ai côtoyé des chômeurs et eux, c'était soit Le Pen, soit Mélenchon."

" En 2012, j'étais dénigrée. Les gens me disaient que j'étais une sale communiste. En cinq ans, il y a eu un changement. "

Sa conseillère Pôle emploi lui assure que beaucoup des hommes et des femmes qui défilent dans son bureau veulent voter pour le leader de la France Insoumise. L'une de ses amies, pourtant abstentionniste, se retrouve finalement dans la personne de Jean-Luc Mélenchon, entraînant d'autres connaissances avec elle. "Elle trouve que c'est le seul candidat anti-système. En 2012, elle ne l'avait pas vu, elle ne l'entendait pas comme ça. Aujourd'hui, ça lui paraît évident." Et la mère de Clémentine, que la jeune femme a "toujours vu voter à droite", "pro-Sarkozy", veut désormais déposer le même bulletin que le sien dans l'urne le 23 avril. "Là, tu te dis qu'il se passe un truc, tu sens une dynamique, un souffle qui se lève."

Dernière ligne droite "sous le soleil de l'action". Pour Flavien, le compagnon de Clémentine, les scandales et les mises en examen de candidats pendant la campagne ont joué. "Les gens cherchent des personnalités intègres. Mélenchon n'a aucune affaire aux fesses, il est anti-cumul des mandats, pour un référendum révocatoire. C'est pour ça aussi qu'il y a des digues qui sautent. Les autres candidats, les gens n'y croient pas."

Le souffle, la dynamique, les digues qui sautent et les bons sondages : dimanche, il n'était pas question d'imaginer autre chose qu'une qualification de Jean-Luc Mélenchon pour le second tour de la présidentielle. "C'est plus que de l'espoir", assène Kévin. "Fillon, je n'arrive pas à croire qu'il existe encore ailleurs que dans les sondages. Macron, c'est une dynamique qui s'essouffle." Eric Coquerel, inépuisable orateur de la France Insoumise, balaie toute inquiétude sur un nouveau scénario à la 2012. "Nous serons au second tour. Le contexte a changé." Comprendre : le vote utile, en faveur du candidat socialiste il y a cinq ans, se porte désormais sur Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier rappelle quand même qu'il n'est pas question de lever le pied pour la dernière semaine de la campagne. Et prévient qu'il n'y aura de triomphe que "sous le soleil ardent de l'action".