À bout, "asphyxiés"... Démissions en série chez les élus municipaux

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L'ENQUÊTE - Alors que le Congrès des maires s'ouvre mardi, on observe que les démissions d'élus se multiplient, notamment dans les communes rurales. À quoi cela est-il dû ?
L'ENQUÊTE DU 8H

Baisse des dotations, suppression à venir de la taxe d'habitation et des emplois aidés… Les maires ont le bourdon. Beaucoup disent ne plus avoir les moyens d'assurer correctement leur mission, et comptent bien le faire savoir dès mardi, lors du Congrès des maires de France. Signe que leur situation se dégrade, les démissions d'élus sont de plus en plus fréquentes chaque année.

Des milliers d'élus jettent l'éponge. Ils seraient au moins 2.000 maires, adjoints et conseillers municipaux à avoir démissionné depuis les municipales de 2014, selon une estimation d'une grande association d'élus, qui souhaite conserver l'anonymat. Le chiffre officiel "n'existe pas", rétorque le ministère de l'Intérieur. Pourtant, Europe 1 a compté : depuis 2014, plus de 300 démissions d'élus ont été enregistrées dans le Nord, soit deux fois plus que lors du mandat précédent. Dans le Gard, il sont plus d'un millier à avoir rendu leur tablier, sur 353 communes. Du jamais vu. Dans les Vosges ou en Charente, essentiellement dans les communes rurales, des dizaines jettent l'éponge.

Insultes et menaces de certains administrés. Qu'est-ce qui peut bien pousser un élu à démissionner ? Beaucoup confient être à bout psychologiquement, car ils sont peu à peu devenus le défouloir d'administrés de plus en plus virulents. "Quelqu'un nous a dit : 'Si vous n'agissez pas, je vais descendre à la mairie avec une kalachnikov'. Il n'y a plus aucune barrière", illustre Véronique Ley, au micro d'Europe 1. En septembre dernier, elle a rendu son écharpe de maire de Croutelle, une commune de 800 habitants près de Poitiers, après avoir été copieusement insultée et menacée sur les réseaux sociaux. "On a l'impression qu'à partir du moment où vous êtes politique, vous pouvez tout encaisser. On ne se rend pas compte que parfois, quand on est mis plus bas que terre, il pourrait y avoir des drames personnels… Il faut être très forts", témoigne-t-elle.

Les campagnes se sentent abandonnées. Plus globalement, c'est le manque de moyens financiers qui plombent le moral des élus, notamment des communes rurales. Claude était maire d'un village de 2.500 habitants dans le Lot. Il vient de démissionner, "asphyxié" par la baisse des dotations (moins 15% de budget en trois ans). "Je suis écœuré, parce qu'on veut nous supprimer !", peste-t-il. "C'est comme une plante : si vous voulez qu'elle crève, vous ne l'arrosez plus. Tout est orienté vers les villes, on s'engage pour dynamiser la commune et on peut pas le faire ! Ça nous met le moral dans les chaussettes : on a l'impression, dans nos campagnes, de servir à rien !"

Des nouveaux élus pas assez préparés. Faut-il aussi voir dans ces démissions la marque d'un manque de préparation pour endosser ce lourd costume de maire. La plupart de ceux qui démissionnent sont dans leur premier mandat, et peinent à assumer la gestion des tensions en conseil municipal, ou les normes administratives toujours plus complexes. "Vous avez des gens totalement novices qui doivent apprendre le 'métier' : la relation avec l'administration, avec l'Etat… Ce n'est pas quelque chose qui s'improvise. Il faut s'engager en imaginant bien que ça va coûter beaucoup, en temps consacré à l'intérêt général", reconnait Vanick Berberian, président de l'Association des maires ruraux.

Jeudi, Emmanuel Macron pourrait bien essuyer quelques sifflets lors de son discours devant le Congrès. Saura-t-il rassurer des élus en souffrance ?

Europe 1
Par Théo Maneval, édité par A.H.