Et la "cuvée 2007" des sarkozystes ?

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Remerciés, reconvertis ou toujours là…Europe1.fr dresse le bilan, 5 ans après "l'ouverture".

Elle avait pris ses distances avec le chef de l'Etat mais Rama Yade pourrait bien revenir en Sarkozie. Mais cette fois-ci, si elle revient, l'ex-secrétaire d'Etat a posé ses conditions : elle ne sera pas la carte "diversité" de Nicolas Sarkozy.

Il y a cinq ans, fraîchement élu, le candidat UMP appelait en effet à un large rassemblement. Symboles de la diversité ou personnalités de gauche, ils étaient nombreux à faire leur entrée au gouvernement. Mais au fil des remaniements, les ralliés au sarkozysme n'ont pas tous survécu aux turbulences du quinquennat.

rama yade

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Rama Yade. Repérée lors du discours d'investiture du candidat UMP en janvier 2007, Rama Yade est une  figure de la diversité voulue par Nicolas Sarkozy. Mais dès sa prise de fonction en tant que secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme en juin 2007, son franc-parler fait grincer des dents au gouvernement. La visite du colonel Khadafi à Paris en décembre 2007 en est l'exemple le plus flagrant. Rama Yade s'y oppose fermement. Dans le même temps, Nicolas Sarkozy laisse le dirigeant libyen s'installer dans les jardins de l'Elysée. La secrétaire d'Etat déclare alors : Kadhafi "doit comprendre que notre pays n'est pas un paillasson sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits". Trop populaire au sein de l'opinion pour pouvoir s'en séparer, Nicolas Sarkozy la garde au gouvernement. En juin 2009, son secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme disparait. Rama Yade est nommée secrétaire d'État auprès du ministre de la Santé et des Sports. Là aussi, ses sorties médiatiques irritent l'Elysée. Des relations difficiles avec Roselyne Bachelot - "la tueuse de secrétaire d'Etat" et le virage à droite du chef de l'Etat auront raison de Rama Yade.

Ecartée du gouvernement en novembre 2010, elle quitte l'UMP et s’inscrit dans le sillage de Jean-Louis Borloo dont elle rejoint le parti et soutient l'éventuelle candidature en 2012. Mais lorsque ce dernier renonce finalement à se lancer dans la course, Rama Yade accuse le coup. D'autant que sa candidature aux législatives dans sa circonscription d'Asnières-Colombes connaît quelques embûches. Après avoir songé à rallier François Bayrou, l'ex-ambassadrice de l'Unesco semble avoir reconsidéré ses options. Rama Yade a commencé à étudier mercredi, avec Jean-Louis Borloo, lors d'une réunion du Parti radical, les termes d'une éventuelle réconciliation avec Nicolas Sarkozy, selon les informations du buzz politique d'Europe 1.

Rachida Dati

Rachida Dati. En 2007, la porte-parole du candidat UMP est au même titre que Rama Yade sa caution "diversité". Sous l’aile du couple Sarkozy, Rachida Dati est propulsée à la tête du ministère de la Justice. Relations tendues avec les personnels de son ministère, hostilité de la magistrature à son égard, mauvais rapports avec François Fillon, Rachida Dati est finalement lâchée par l'Elysée. Le chef de l'Etat est lassé. En juin 2009, la ministre est donc congédiée.

Petit lot de consolation, le président lui offre dans la foulée d'être n°2 sur la liste aux européennes en Ile-de-France, derrière Michel Barnier, ministre de l’Agriculture. Elle accepte, à contrecœur. Elue députée européenne en juin 2009, la maire du VIIe arrondissement de Paris veut alors être candidate de l’UMP aux élections législatives de juin 2012, dans la deuxième circonscription de la capitale. Mais sur sa route, François Fillon. L'UMP donné sa préférence au Premier ministre François Fillon. Depuis, l’ex-Garde des Sceaux est partie en croisade contre l'hôte de Matignon. Enterrée Rachida Dati ? Pas si sûr. L'ex-ministre en disgrâce a fait en retour en grâce remarqué lors du meeting de campagne de Nicolas Sarkozy à Lille le 24 février. Un bis repetita de la campagne de 2007 dont elle fût l'une des égéries ? En apparence seulement, car cette fois Rachida Dati n'est pas porte-parole du candidat Sarkozy.

Eric Besson sur un terrain, 930

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Eric Besson. Prise de guerre de Sarkozy aux socialistes (jusqu'en janvier 2007, il a fait campagne pour Ségolène Royal), Eric Besson est d'abord nommé secrétaire d'État chargé de la Prospective et de l'Évaluation des politiques publiques. Le socialiste passe à l'UMP, dont il devient secrétaire général adjoint en 2009. Ministre de l'Immigration puis de l'Industrie, Eric Besson est le seul "ex-socialiste" rescapé du quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Si fin 2011, on a pu croire que le ministre allait quitter la politique pour le football, Eric Besson l'assure : "je ne suis absolument pas démotivé, mais passionné par ce que je fais". Et même si Nicolas Sarkozy "regrette" que le ministre "passe ses journées sur Twitter", les relations entre les deux hommes sont au beau fixe.

Bernard Kouchner, lors d'une visite en Haïti en 2010. 930620

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Bernard Kouchner. Le Quai d'Orsay, il en rêvait, Sarkozy l'a fait. En mai 2007, le socialiste et très populaire Bernard Kouchner est nommé ministre des Affaires étrangères. Aussitôt exclu du PS, "le "French Doctor" se tourne vers sa nouvelle mission à la tête de la diplomatie française. Un ministère à la tête duquel Bernard Kouchner va pourtant très vite déchanter. Les décisions stratégiques sont en effet prises depuis la cellule diplomatique de l'Elysée.

Raillé à gauche, - Arnaud Montebourg le qualifie de "figurant marginalisé" -, et gêné par la droitisation de la politique du chef de l'Etat, le cofondateur de Médecins sans frontières quitte le Quai d'Orsay lors du remaniement de novembre 2010. Dans une lettre de démission remise au chef de l'Etat dès le mois d'août, le ministre des Affaires étrangères, se plaint de subir des "humiliations" des conseillers du président. Depuis son départ du gouvernement, le "French Doctor" panse ses plaies et aurait repris ses activités de conseil aux entreprises et aux gouvernements étrangers.

Jean-Marie Bockel

Jean-Marie Bockel. Lui aussi avait quitté le PS en 2007 et fondé la Gauche moderne pour rejoindre Nicolas Sarkozy et le gouvernement au poste de Secrétaire d'Etat chargé de la Coopération et de la Francophonie. Le début d'une longue agonie pour l'ex-maire de Mulhouse. Lors du remaniement ministériel de mars 2008,  il est nommé au secrétariat d'État à la Défense et aux Anciens combattants. Certaines sources au gouvernement y voient une conséquence de ses positions critiques sur la Françafrique (Ils évoquent "des pressions, notamment du président gabonnais Omar Bongo, pour faire partir Bockel du Quai d'Orsay").

Lors d'un nouveau remaniement en juin 2009, l'ex-ministre socialiste devient secrétaire d'Etat à la Justice, sous la tutelle de la garde des Sceaux Michèle Alliot-Marie. Dans un reportage qui lui est consacré en février 2010 sur Canal+, Jean-Marie Bockel regrette que sa ministre de tutelle ne sache pas "déléguer". Un nouveau remaniement ministériel en novembre 2010 met fin à son supplice. Partie au Quai d'Orsay, MAM sera elle aussi remerciée trois mois plus tard pour avoir trop goûté au confort de la Tunisie. Depuis, Jean-Marie Bockel a retrouvé son siège de sénateur et n'est visiblement pas rancunier. Il vient de lancer un comité de soutien à Nicolas Sarkozy.

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Fadela Amara. En ralliant la présidente de "Ni putes ni soumises", Nicolas Sarkozy réussit un gros coup en 2007. Nommée secrétaire d'Etat à la Politique de la Ville, Fadela Amara devait être un atout pour le gouvernement de François Fillon. Mais la secrétaire d'Etat à la Ville enchaîne les polémiques (en 2008, elle déclare au Point qu'elle ne votera pas pour Nicolas Sarkozy en 2012) et les coups de gueule ("Y'en a marre qu'on instrumentalise l'immigration, je trouve ça dégueulasse", à propos de la loi sur immigration rendant possibles des tests ADN pour prouver une filiation). Elle aussi dans le viseur de François Fillon, Fadela Amara s'accroche et trouve un soutien en la personne du ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo.

Sentant que ses jours sont comptés au gouvernement, la secrétaire d'Etat rentre la langue dans sa poche et avale quelques couleuvres (très discrète lors du débat sur l'identité nationale, par exemple). Comme sa copine Rama Yade, Fadela Amara est finalement remerciée en novembre 2010. Après son éviction du gouvernement, Fadela Amara est élevée chevalier de la Légion d'honneur par le chef de l'Etat dont elle accepte la proposition de rejoindre l'Igas comme inspectrice générale. Pourtant connue pour son franc-parler, c'est silence radio depuis pour Fadela Amara.

MARTIN HIRSCH

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Martin Hirsch. L'ancien président d’Emmaüs France, figure atypique de l'ouverture entre au gouvernement comme Haut commissaire aux solidarités actives en 2007, où il met en place le RSA et le service civique. Celui qui avait dit qu'il quitterait ses fonctions une fois ses objectifs accomplis sort du gouvernement après la défaite de la droite aux régionales de 2010 et exprime "sa reconnaissance" envers Nicolas Sarkozy pour avoir soutenu ses projets.

Il rejoint l'Agence du service civique, dont il est nommé président en mai 2010. Depuis, Martin Hisrch se montre relativement discret. Dernièrement, la proposition de Nicolas Sarkozy d'imposer des heures de travail d'intérêt général aux bénéficiaires du RSA l'a fait sortir de ses gonds.