Un argentier de la présidence, son conjoint et un agent d’accueil du Louvre sont jugés jeudi à Paris pour vol et recel de dizaines de pièces de porcelaine dérobées à l’Élysée. Les objets, issus de la Manufacture de Sèvres, auraient été revendus en ligne. Le préjudice est contesté par la défense.
Un argentier de la présidence de la République, son conjoint et un gardien du Louvre comparaissent jeudi devant le tribunal correctionnel de Paris, poursuivis pour vol et recel de dizaines de pièces de porcelaine dérobées à l'Elysée.
L'affaire débute après la disparition inexpliquée de vaisselle prestigieuse. L'enquête cible très vite un réseau de revente. Thomas M., un argentier de la présidence, qui avait le droit de récupérer quelques objets abîmés, aurait détourné des pièces en parfait état de la Manufacture de Sèvres.
Un circuit de revente via les réseaux sociaux
Son partenaire se chargeait d'écouler ces pièces servant lors des dîners d'État. La rencontre avec l'acheteur s'est faite en ligne. L'avocat du receleur présumé Ghislain M., Me Xavier Autain, détaille auprès de l'AFP la méthode: "sur Facebook, il existe des tas de groupes et notamment un groupe d'amateurs de porcelaine".
C'est sur cette plateforme que le réseau a opéré. "Dans ce groupe d'amateurs de porcelaine, un jour, le conjoint de l'argentier le contacte en lui disant +vous êtes machin, moi j'ai telle pièce+", ajoute l'avocat. Ghislain M., est chargé de l'accueil au musée du Louvre. Ce passionné a acquis "près de 150 pièces" sans se méfier du volume.
Préjudice de "370.000 euros"
Pour Me Autain, son client "est un collectionneur passionné et le collectionneur passionné n'a parfois pas la raison qui devrait continuer à l'habiter". Il compte plaider "l'aveuglement" de ce collectionneur "primo-délinquant", qui a dépensé "15.000 euros en deux ans" dans ces achats de pièces en provenance de l'Elysée.
La Manufacture de Sèvres s'est constituée partie civile et estime le préjudice à "370.000 euros", valorisant "chaque assiette à environ 5.000 euros", selon l'avocat qui conteste cette méthode: "la Manufacture de Sèvres, qui fait l'expertise pour elle-même, puisqu'elle est partie civile et experte, ce qui est assez surprenant, dit que c'est 370.000 euros...".
L'avocat rappelle que des objets usagés se négocient "entre 50 et 1.500 euros" aux enchères. Aujourd'hui, "l'heure est aux regrets" pour les trois personnes impliquées, qui ont restitué les pièces. "Même ceux qui ont volé reconnaissent que c'est une connerie et qu'ils n'auraient pas dû faire ça", conclut l'avocat.