Le tribunal correctionnel de Paris juge depuis vendredi huit personnes accusées d’avoir diffusé massivement des SMS d’hameçonnage dans la capitale à l’aide de dispositifs d’interception téléphonique embarqués dans des véhicules. L’affaire repose sur l’utilisation d’Imsi‑Catchers, une technologie sensible habituellement réservée aux services de l’État.
Depuis vendredi, six hommes et deux femmes comparaissent devant le tribunal correctionnel de Paris pour une escroquerie high‑tech fondée sur l’envoi massif de SMS frauduleux. Les faits remontent à 2022‑2023 et reposent sur l’utilisation de voitures circulant à basse vitesse dans Paris, équipées de systèmes d’interception téléphonique permettant de cibler directement les téléphones portables présents à proximité, sans passer par le réseau des opérateurs.
Une affaire révélée par Orange et un contrôle routier
La procédure débute fin 2022 après une plainte déposée par Orange, qui avait constaté un comportement radio anormal sur les téléphones de certains abonnés. Ces derniers avaient reçu des SMS frauduleux visant à soutirer des données personnelles, sans que les messages ne transitent par le réseau de l’opérateur. En parallèle, un contrôle routier à Paris permet l’interpellation d’une jeune femme circulant avec un Imsi‑Catcher dans le coffre de son véhicule.
L’enquête révèle alors la vente de trois Imsi‑Catchers par un fournisseur chinois, qui comparaît détenu. Ces équipements auraient été utilisés par plusieurs équipes pour diffuser des SMS d’hameçonnage en masse, en se déplaçant en voiture dans la capitale afin de "capturer" les téléphones situés dans leur rayon d’action.
Une technologie d’interception détournée à des fins frauduleuses
Les prévenus soutiennent, dans leur ensemble, qu’ils ignoraient le caractère illégal de ces dispositifs et pensaient utiliser un simple "SMS Broadcaster", capable de diffuser des messages sans intercepter les communications. Or, l’Imsi‑Catcher fonctionne en s’intercalant entre le téléphone et l’antenne‑relais, en se faisant passer pour une fausse station du réseau mobile.
Grâce à un signal très puissant, l’appareil force les téléphones à basculer en 2G, un réseau moins sécurisé. "En 2G, l'authentification et le chiffrement son optionnels. C'est parce que c'est optionnel que le téléphone va accepter de discuter avec la station", a expliqué à l’audience un ingénieur fraudes d’Orange. Le téléphone n’étant plus connecté au réseau de l’opérateur, la fausse station peut alors lui transmettre directement un SMS frauduleux.
Des risques majeurs pour la sécurité des communications
Une expertise technique a établi que l’une des machines aurait permis d’atteindre 3,7 millions d’appareils, chacun recevant un SMS. L’un des Imsi‑Catchers saisis, présenté à l’audience avec son antenne imposante, illustre la puissance du dispositif. L’Agence nationale des fréquences, partie civile aux côtés d’Orange, a alerté sur les dangers liés à la circulation de tels équipements dépassant largement les normes sanitaires.
L’ANFR a notamment souligné que le dispositif, utilisé près de la gare Saint‑Lazare, pouvait perturber les systèmes de communication ferroviaires. Le procès doit se poursuivre jusqu’au 27 février. Dans ce dossier, une autre équipe a déjà accepté une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité et a été condamnée à des peines allant jusqu’à un an d’emprisonnement avec sursis et 70.000 euros d’amende.