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Saisie record de drogue : à la barre, l'ex-«homme à tout faire» charge son commanditaire

Lors du procès de la saisie record de cannabis de 2015 à Paris, un prévenu a accusé lundi le trafiquant Sophiane Hambli d’avoir organisé l’opération, affirmant ignorer qu’il s’agissait d’une livraison surveillée avec la police. Absent, Hambli était informateur de l’Office anti‑drogue.


"On s'est fait berner" : au procès de la saisie record de cannabis à Paris en 2015, l'un des prévenus a accablé lundi son commanditaire Sophiane Hambli, assurant ignorer que le trafiquant, informateur de l'Office des "stups", ait planifié avec la police une "livraison surveillée".

Surnommé "Grincheux", ce prévenu de 49 ans a expliqué que Sophiane Hambli, absent à l'audience car détenu au Maroc, était le principal organisateur du trafic alors que l'intéressé a toujours soutenu n'être qu'un simple "logisticien".

Pendant l'importation du cannabis en 2015, "c'est lui qui gère tout, qui connaît les quantités", a déclaré devant le tribunal correctionnel de Bordeaux celui qui se présente comme son ancien "homme à tout faire".

"Mes comptes, je les rendais à Hambli", a insisté le prévenu, interpellé lors d'une livraison de six tonnes de cannabis en Belgique quelques jours après la retentissante découverte de sept autres tonnes boulevard Exelmans, dans le XVIe arrondissement de Paris, en octobre 2015.

"Je lui rendais service"

Crâne dégarni et sweat-shirt noir, le prévenu, déjà condamné pour vol à main armée, était compagnon de cellule de Sophiane Hambli avant de travailler pour lui, rétribué 2.500 euros mensuels selon ses dires. "Monsieur Hambli, c'était un ami, un frère. Je lui rendais service", a déclaré "Grincheux". "Au début, c'est tout beau, tout rose. Par la suite, on s'aperçoit qu'on s'est fait berner", a-t-il ajouté.

Le mis en cause soutient qu'il n'était "pas du tout au courant" que la drogue, appartenant selon lui à un chargement d'une quarantaine de tonnes, faisait partie d'une livraison censée être "surveillée" par l'Office anti-drogue (Ocrtis), alors dirigé par le commissaire François Thierry, dont Sophiane Hambli était l'"indic".

"L'Ocrtis va me mettre une balle dans le tête"

Ce charismatique policier, jugé pour complicité de trafic de drogue dans cette affaire, misait sur l'infiltration des filières grâce à son informateur, quitte à laisser entrer la drogue sur le territoire, aux fins d'appréhender les têtes de réseau.

Après la saisie, Sophiane Hambli aurait déclaré : "L'Ocrtis va me mettre une balle dans le tête", a raconté "Grincheux". "Je ne comprenais pas pourquoi il me parlait d'Ocrtis." Ce dossier, qualifié par le parquet de "hors norme", a illustré les relations troubles entre "flics" et "indics" et conduit à une réforme de la lutte anti-stupéfiants en France. Il a aussi inspiré plusieurs livres et un film, "Enquête sur un scandale d'État", de Thierry de Peretti (2021). L'interrogatoire de François Thierry est attendu le 19 mars, la clôture du procès le 31 mars.