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«Projet Panama» : comment Anthropic a sacrifié des millions de livres pour entraîner l'IA Claude

Pour bâtir sa bibliothèque d’entraînement, Anthropic, l'entreprise américaine d'intelligence artificielle, a acheté, découpé puis numérisé à grande échelle des ouvrages venus du monde entier. [GDX / CFoto / CFOTO via AFP]

Pour bâtir sa bibliothèque d’entraînement, Anthropic, l'entreprise américaine d'intelligence artificielle, a acheté, découpé puis numérisé à grande échelle des ouvrages venus du monde entier. Baptisée "Projet Panama", cette opération secrète, révélée par la justice, a fait réagir. 

Un projet vivement critiqué. En 2024, de nombreux écrivains ont accusé l'enteprise d'intelligence artificielle, Anthropic, d’avoir utilisé des bibliothèques pirates pour entraîner son agent conversationnel Claude. L’action collective concernait 482.000 œuvres. Selon la justice américaine, le cofondateur d'Anthropic, Ben Mann, a récupéré près de 200.000 ouvrages dès janvier 2021, puis environ cinq millions via Library Genesis et PiLiMi. 

Plus de sept millions de livres auraient été téléchargés sans autorisation. Face au risque juridique, la société a finalement changé de méthode. En effet, en février 2024, rapporte Le Figaro, elle a recrute Tom Turvey, ancien de Google Books, avec une ambition certaine qui était d'obtenir "tous les livres du monde" en limitant les obstacles légaux. 

Les discussions avec des éditeurs échouent. Anthropic passe alors par des intermédiaires pour acheter des volumes imprimés. D’après le Washington Post, 404 Media et Futurism, des vendeurs européens ont reçu des commandes inhabituelles surtout pour des titres rares ou épuisés. 

Une numérisation destructive

Le fonctionnement pour scanner les livres était le suivant : une machine hydraulique tranchait la reliure, les pages étaient scannées à grande vitesse, puis le papier était recyclé. Entre 500.000 et deux millions de volumes pouvaient être traités en six mois. Les fichiers ont ensuite alimenté une bibliothèque interne réservée à Claude. 

Une note interne a décrit une numérisation destructive dont Anthropic voulait taire l’existence. En mai 2025, ses avocats ont demandé au juge de protéger ce dispositif "hautement confidentiel", présenté comme un secret commercial ayant coûté plusieurs millions de dollars. Cette destruction n’était pas seulement un choix de rendement. 

En juin 2025, le juge William Alsup a estimé que scanner un exemplaire acheté légalement peut relever du "fair use" si sa copie numérique le remplace. Les fichiers piratés ne bénéficient pas de cette protection. Détruire l’original évitait ainsi la coexistence de deux exemplaires. 

Le contentieux s’est conclu par un règlement de 1,5 milliard de dollars au profit de milliers d’auteurs et d’éditeurs. Mais la publication des pièces a déplacé le débat. Sur les réseaux sociaux, critiques et écrivains dénoncent un "autodafé" technologique.