Le procureur de Belfort a annoncé que les deux mineurs arrêtés après l'agression d'un policier sont poursuivis pour violences aggravées, et non pour tentative de meurtre. L'avocat du plus âgé, qui a déposé plainte pour tentative de meurtre, accuse le procureur d'avoir "menti".
Les deux mineurs, âgés de 17 et 15 ans, interpellés après le passage à tabac d'un policier à Belfort vendredi, ne seront pas poursuivis pour tentative de meurtre. Le procureur Paul-Édouard Lallois a annoncé qu'ils l'étaient pour violences aggravées.
"À l'issue des investigations, j'ai estimé (...) que nous n'avions à ce stade pas d'éléments suffisamment probants pour établir le caractère intentionnel homicide des deux individus pour lesquels nous requérons la mise en examen aujourd'hui", a déclaré le magistrat en conférence de presse. Les violences aggravées sont, dans ce cas, passibles de 10 ans de prison.
Détention provisoire requise pour le plus âgé
"Compte tenu de l'extrême gravité des faits reprochés à ces jeunes hommes", le procureur a demandé le placement en détention provisoire du plus âgé, de nationalité bulgare, dont l'interpellation au bord d'un ruisseau avait précédé l'agression du policier. Pour le plus jeune, trop jeune pour être placé en détention provisoire, il a requis un contrôle judiciaire strict, avec placement dans un établissement de protection judiciaire hors du département. Les deux suspects ont été présentés dimanche soir à un juge d'instruction.
Deux lycéens sans antécédents
Arrêtés vendredi, le jour des faits, les deux jeunes n'ont aucun antécédent judiciaire. Ils étaient scolarisés au lycée Courbet de Belfort, à proximité duquel des affrontements ont eu lieu dans la matinée. Selon le procureur, "au moins" deux autres personnes ont également frappé le policier. Il n'a pas souhaité donner d'éléments sur leur identification.
Le mineur de 17 ans est aussi poursuivi pour violences et dégradation par moyen dangereux, pour avoir jeté des cailloux sur les forces de l'ordre et incendié des poubelles pendant la mobilisation lycéenne. Il a "exprimé des regrets importants" pour les coups portés au policier, a rapporté Paul-Édouard Lallois.
Une plainte pour tentative de meurtre déposée par l'avocat du lycéen
Samedi, l'avocat du lycéen de 17 ans avait annoncé le dépôt d'une plainte pour tentative de meurtre. Des vidéos de l'interpellation, qui circulent en ligne, s'accompagnent de commentaires accusant le policier d'avoir mis la tête du jeune homme sous l'eau en tentant de le maîtriser. "Le fonctionnaire de police ne pouvait pas se douter qu'il n'y avait pas un risque mortel sur un enfant", le lycéen "a eu la tête dans l'eau, le fonctionnaire de police lui a mis la tête dans l'eau", a affirmé Me Arié Alimi sur BFMTV, justifiant cette plainte, qui vise également le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.
Un désaccord entre l'avocat et le procureur
"Le procureur a menti aux journalistes. Le dépôt de plainte a été signé et donc je ne vois pas comment le procureur a pu indiquer aux journalistes qu'il n'avait pas connaissance d'une plainte pour tentative de meurtre", a ajouté l'avocat, alors que Paul-Édouard Lallois a déclaré en conférence de presse n'avoir pas connaissance d'une telle plainte. "Mon client comprend mal et s'exprime mal en français. Il est russophone et n'avait pas d'interprète", a-t-il encore déclaré, estimant que "tout a été mis en oeuvre par le procureur de la République pour organiser une procédure visant à éteindre le scandale de cette tentative de meurtre".