Selon une note de l'OFAST qu'Europe 1 a pu consulter, deux tiers des mules arrêtées en France avec de la drogue viennent du Brésil. Qui se cache derrière ces réseaux très bien structurés et comment opèrent-ils pour inonder la France de poudre blanche ?
Une véritable vague blanche déferle sur la France. La cocaïne ne cesse d’inonder le territoire français : 84,3 tonnes ont été saisies en 2025, soit une hausse de 58% par rapport à 2024 (53,5 tonnes). Cette drogue est majoritairement importée d’Amérique du Sud, notamment du Brésil.
Parmi les moyens d’acheminement, les mules aériennes. Des personnes sont ainsi payées par les trafiquants afin de transporter leur marchandise lors d'un vol en avion. Dans une note de l’OFAST (Office anti-stupéfiants) qu’Europe 1 a pu consulter, les services de police tirent la sonnette d’alarme face à la recrudescence de ce phénomène et demandent une meilleure coopération avec le Brésil.
Selon les informations d'Europe 1, depuis 2023, 1.200 mules en provenance de ce seul pays ont été interpellées en France, soit près de deux tiers du total des mules arrêtées.
Des Nigérians à la manœuvre
La communauté nigériane est à la manœuvre. Fortement implantée au Brésil, ses ressortissants sont près de 200.000 rien qu’à São Paulo. C’est depuis le centre financier dynamique du Brésil qu’ils pilotent le réseau.
Dans un premier temps, des locaux sont recrutés. Ce sont souvent des personnes précaires qui résident dans les favelas, âgées de 20 à 40 ans, et qui n’ont surtout aucun lien avec la diaspora nigériane et leurs organisations criminelles.
Les mules sont ensuite enrôlées pour quelques milliers d’euros : jusqu’à 4.000 pour ingurgiter des boulettes de cocaïne, puis prendre un vol en direction de la région parisienne. Le chiffre peut grimper jusqu'à 10.000 euros pour transporter une valise remplie de drogue.
Une fois l’accord passé, les billets d’avion sont réservés quelques heures avant le trajet, la plupart du temps en espèces. Arrivées sur le sol français, les mules brésiliennes rejoignent d’autres Nigérians de la même organisation criminelle, et qui sont eux implantés en France.
La marchandise est récupérée, puis stockée dans des "maisons de vidage". Il peut s’agir d'Airbnb ou de chambres d’hôtel. La cocaïne est ensuite revendue, parfois sous forme de crack pour alimenter les "modous", ces dealers ambulants qui revendent la drogue dans les rues du nord de Paris.