Comment les autorités n'ont-elles pas pu anticiper les scènes de violence de samedi après les manifestations contre la vie chère ? Les services de renseignement avaient pourtant identifié des troubles à l'ordre public, mais pas de ce niveau. Comment ces émeutes urbaines ont-elles pu passer sous les radars des autorités ?
Jusqu'à vendredi, veille de la mobilisation partout en France contre la vie chère, le renseignement avait du mal à connaître l'ampleur de la mobilisation. Il anticipait des heurts, dans certaines villes, avec les traditionnels blackblocs, mais très loin d'imaginer ces scènes de guérilla.
"On en veut à notre hiérarchie de ne pas avoir prévu cette logistique"
Pour Jean-Christophe Couvy, policier et secrétaire national du syndicat Unité, la venue de jeunes de banlieues a été sous-estimée : "L'inconnue, c'était les cités et les quartiers. Est-ce que ces jeunes allaient venir ou pas ? C'est très difficile de prévoir. Effectivement, il y a un risque mais que le renseignement ne pouvait pas évaluer".
Conséquence, le renseignement territorial anticipait jusqu'à 170.000 manifestants partout en France, trois fois moins que le nombre de participants final. Autre conséquence aussi, il n'y avait pas assez de forces de l'ordre mobilisées.
Et des policiers parfois mal ou pas du tout équipés face aux milliers de casseurs. Certaines n'avaient pas assez de boucliers, d'autres ont manqué de munitions pour se protéger.
"On en veut à notre hiérarchie de ne pas avoir prévu cette logistique. Dans certains services, ils ont rappelé des policiers qui étaient en congés ou en repos et qui ont refusé de venir. C'est bien la première fois que je vois ça". Après ce fiasco sécuritaire, certains policiers se sentent abandonnés, d'autres réclament à voix basse la démission du ministre de l'Intérieur.