Deux jours après l'afflux inédit de plus de 60.000 migrants marocains vers l'enclave espagnole de Ceuta, l'Union européenne se retrouve sous tension. Invité d'Europe 1, Nicolas Pouvreau-Monti alerte sur la nécessité de réforme de l'espace Schengen.
Après l'arrivée massive par la mer de migrants marocains vers l'enclave de Ceuta, l'Italie a annoncé la fermeture temporaire de l'espace Schengen avec l'Espagne en rétablissant des contrôles aux frontières. La France, de son côté, a annoncé le déploiement de la force frontière d'intervention rapide.
Invité d'Europe 1 Matin week-end, Nicolas Pouvreau-Monti, directeur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie, a pointé la nécessité de réformer la législation de l'espace Schengen.
"Cette situation met de nouveau en lumière les fragilités de l'état actuel du droit de l'espace Schengen, qui font qu'une situation locale, qui peut être générée en partie par la décision d'un gouvernement local, ne devienne une problématique européenne. Je pense notamment aux signaux envoyés par le plan de régularisation du gouvernement espagnol, qui devait initialement concerner 500.000 personnes, mais qui a conduit à recevoir plus d'un million de dossiers en l'espace de quelques mois", a-t-il souligné.
L'Union européenne divisée
Face à cette situation, le vice-Premier ministre italien, Antonio Tajani, s'est dit favorable "à la fermeture de l'espace Schengen avec l'Espagne". En réponse à cette déclaration, Madrid a convoqué l'ambassadeur italien en signe de protestation. Mais l'Italie peut compter sur le soutien de la Finlande et du Danemark, qui se sont tous deux associés à cette demande.
"Ces décisions unilatérales ont des implications, des conséquences, pour l'ensemble des États de la zone, y compris quand ces États sont dans une logique de plus forte restriction. C'est bien cette dynamique-là qui est en œuvre au niveau européen", a expliqué Nicolas Pouvreau-Monti.
"Cette crise met sur la table, au-delà de la gestion d'urgence, la nécessité d'une réforme en profondeur de l'espace Schengen," a analysé le directeur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie.
De son côté, l'UE déclare que cette crise concerne spécifiquement l'enclave espagnole de Ceuta, et que des contrôles supplémentaires sont nécessaires pour accéder au continent européen, où "aucun mouvement n'a jusqu'ici été détecté".