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Incendies : Combien de temps met une forêt à se régénérer après avoir été ravagée par les flammes ?

Après un incendie, l'ONF veille au retour de la flore mais aussi de la faune sauvage. [Simon WOHLFAHRT / AFP]

Les incendies qui ont touché le Var et la forêt de Fontainebleau durant l'été 2026 ont laissé derrière eux des milliers d'hectares de paysages calcinés. Si la végétation commence souvent à renaître quelques mois après le passage des flammes, les spécialistes estiment qu'il faut parfois attendre jusqu'à 150 ans pour que certains massifs retrouvent leur visage d'avant incendie.

Les forêts renaissent de leurs cendres. Les incendies qui ont frappé cet été le Var et Fontainebleau ont laissé derrière eux des milliers d'hectares de végétation réduits en cendres. Si les flammes peuvent ravager un massif forestier en quelques heures, sa reconstruction, elle, s'inscrit sur plusieurs décennies, voire plus d'un siècle.

Dans le Var, l'incendie qui s'est déclaré le dimanche 19 juillet dernier entre Taradeau et Les Arcs a détruit près de 200 hectares de végétation. Quelques jours plus tôt, les deux incendies de la forêt de Fontainebleau avaient parcouru plus de 2.000 hectares avant d'être fixés par les secours. Ces paysages noircis soulèvent une même question : combien de temps faudra-t-il pour que la forêt retrouve son apparence d'avant flammes ?

Une nature capable de se reconstruire de la cendre à la cime

Contrairement aux idées reçues, une forêt méditerranéenne n'est pas condamnée après un incendie. L'Office national des forêts (ONF) rappelle que ces écosystèmes ont développé une véritable capacité d'adaptation au feu. "Notamment en zone méditerranéenne, la forêt est relativement résiliente au feu, les forestiers laissent la nature se régénérer par elle-même après un incendie", explique l'établissement public.

Après le gigantesque incendie de l'été 2017 dans le Parc naturel du Luberon, où 1.200 hectares de pins et de chênes avaient été détruits, les forestiers ont largement laissé la nature reprendre ses droits. "Nous avons observé que de nouvelles graines sont présentes naturellement sur le sol après l'incendie, car la chaleur a favorisé l'ouverture des cônes des pins", explique Frédéric Prodhomme, forestier de l'ONF.

Le feu agit ainsi comme un déclencheur pour certaines espèces, en particulier les pins, dont les cônes s'ouvrent sous l'effet de la chaleur et libèrent leurs graines.

Quelques années pour reverdir, un siècle pour retrouver une forêt

Si les premières repousses apparaissent relativement vite, la reconstitution complète d'une forêt demande une patience considérable. Selon l'ONF, trois à cinq ans suffisent pour que les herbacées, arbustes et jeunes pousses recouvrent le sol et atténuent fortement l'impact visuel laissé par les flammes.

En revanche, retrouver une véritable forêt composée de grands arbres est une tout autre histoire. "Pour retrouver des arbres de 10 à 20 mètres de haut, il faudra en moyenne 70 à 100 ans", précise l'Office national des forêts.

En forêt de Fontainebleau, où certains secteurs ont été entièrement détruits, les délais pourraient être encore plus longs. Invité sur RTL, Rémi Savazzi, responsable du pôle national Défense des forêts contre les incendies à l'ONF, estime que "là où on n'a plus d'arbres du tout, il faudra attendre entre 80, 100, 150 ans pour avoir des grands arbres à la place".

Toutes les essences ne résistent pas de la même manière

Face au feu, les espèces d'arbres ne sont pas égales. Le chêne-liège figure parmi les plus résistants. Son épaisse écorce, appelée écorce subéreuse, lui permet souvent de survivre même lorsqu'il paraît entièrement noirci. Tant qu'il reste debout, il peut produire de nouvelles pousses quelques mois seulement après le passage des flammes.

À l'inverse, les conifères sont beaucoup plus vulnérables. Une étude publiée en 2023 rappelle que les pins sylvestres, maritimes, d'Alep ou encore les pins noirs figurent parmi les essences les plus sensibles aux incendies. Les chênes méditerranéens, et particulièrement le chêne-liège, sont au contraire ceux qui résistent le mieux aux perturbations.

Si les premières repousses apparaissent rapidement, il est encore trop tôt pour tirer des conclusions sur la reconstruction d'un massif juste après un incendie. Selon Alain Monavon, interrogé par Radio France, il faut attendre "au moins deux ans" avant d'évaluer réellement la capacité d'une forêt à se régénérer naturellement. Cette période permet d'observer la reprise de la végétation, l'installation des jeunes arbres et la dynamique naturelle du milieu.

La renaissance d'une forêt ne concerne pas uniquement les arbres. Après un incendie, l'ONF veille également au retour de la faune sauvage, notamment en limitant ou en interdisant temporairement les activités de chasse. "Deux ans après l'incendie de la colline du Vaucluse, lièvres, perdrix, sangliers et chevreuils ont regagné les lieux. Pour les petits mammifères, leur retour prend un peu plus de temps", souligne l'établissement.