Paroles signées Michel Jourdan, mélodie co-composée par Frank Michael lui-même : derrière le tube "Toutes les femmes sont belles", sorti en 1996, se cache une histoire de rencontres et d'obstination. Plongée dans les coulisses du tube de Franck Michael, décédé dans la nuit de jeudi à vendredi.
Un tube qui lui survit. Frank Michael s'est éteint dans la nuit du jeudi au vendredi, à 79 ans, des suites d'un cancer des poumons foudroyant. C'est sa fille, Sandra Gabelli, qui a annoncé la nouvelle sur les réseaux sociaux. Le chanteur italo-belge, de son vrai nom Franco Gabelli, était né à Bedonia, dans la province de Parme, avant de grandir à Seraing, en Belgique.
Longue de 50 ans, sa carrière se lance en 1974 avec le 45 tours Je ne peux vivre sans toi. Mais c'est bien Toutes les femmes sont belles sorti en 1996 qui va lui apporter la gloire. Une chanson à l'histoire particulière que vous révèle Europe 1.
"Toutes les femmes sont belles" : une chanson née d'une rencontre décisive
Derrière les paroles de Toutes les femmes sont belles se cache une plume de légende : Michel Jourdan. Né à Nice en 1934, ce parolier discret avait déjà signé des textes pour Dalida, Mike Brant, Charles Aznavour, Claude François, Julio Iglesias, mais aussi Frank Sinatra et Barbra Streisand.
C'est lui qui pose les mots sur la mélodie du crooner belgo-italien, tandis que la musique, elle, est co-signée par René Jonet, Alfred F. et Frank Michael lui-même.
La collaboration entre les deux hommes va bien au-delà de ce titre. Michel Jourdan avait également obtenu de Charles Aznavour qu'il confie à Frank Michael Le goût salé des larmes.
Frank Michael, lui, cultivait ce sillon romantique depuis ses débuts, revendiquant que les chansons d'amour constituaient l'essentiel de son répertoire. "À 20 ans, j'étais déjà romantique et je le suis toujours", confiait-il à France Info en 2013.
Un triomphe discret mais massif
Dès sa sortie, Toutes les femmes sont belles s'impose en tête des ventes. En Belgique, le titre s'écoule à 100.000 exemplaires. En France, il dépasse les 200.000 copies vendues. L'album éponyme, paru début 1997, enchaîne les succès avec des titres comme Aimez-nous on vous aime ou Le jour où une femme nous aime.
Sur l'ensemble de sa carrière, Frank Michael revendiquait entre 15 et 20 millions de disques vendus en France, en Belgique, en Suisse, au Canada et en Allemagne. Quarante disques d'or et vingt-deux passages à l'Olympia jalonnent ce palmarès vertigineux.
Des chiffres construits non pas grâce aux circuits médiatiques habituels, mais à la force d'une présence scénique inépuisable : entre 100 et 200 concerts par an.
Un hymne à toutes les femmes, porté par un public de trois générations
La chanson dit quelque chose de profond sur le rapport de Frank Michael à ses fans. Son public est composé à 90% de femmes. Et sur scène, il l'incarne avec un geste devenu culte : à chaque concert, il éponge son front avec le foulard emprunté à une spectatrice, avant de le lui rendre. "J'ai fait ce geste une fois et c'est devenu un rituel très apprécié de mes fans pour garder un souvenir du concert", avait-il confié au quotidien L'Union en 2024.
Ce lien transgénérationnel, Frank Michael en était particulièrement fier. "Mon public, c'est trois générations : la mamie, la maman et l'enfant", résumait-il à l'AFP. Une fidélité qui lui avait également valu le soutien d'une grande figure : Johnny Hallyday lui avait écrit une chanson en 2003 pour l'album Entre nous, allant jusqu'à menacer Guy Lux de boycotter une de ses émissions si le crooner belge n'y était pas convié.
Le paradoxe d'un tube boudé par les médias, adoré du public
Cette popularité s'est construite en dépit d'une méfiance persistante des médias hexagonaux. Au début des années 2000, invité sur le plateau de Tout le monde en parle de Thierry Ardisson, Frank Michael fut purement et simplement coupé au montage. La raison avancée ? Il était "trop gentil".
L'étiquette de chanteur "à l'eau de rose" lui colle à la peau, mais il s'en accommode avec sérénité. "Julio Iglesias ou Mike Brant ont fait exactement ce que je fais. Tout le monde a chanté l'amour, il n'y a pas de gêne à ça", répond-il à l'AFP.
Toutes les femmes sont belles incarne à elle seule ce paradoxe : une chanson absente des radios branchées, omniprésente dans la mémoire populaire.