Les Emirats arabes unis ont annoncé mardi leur retrait surprise de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) au nom de "l'intérêt national", marquant un revers pour l'alliance, déjà ébranlée par la guerre au Moyen-Orient.
Les Emirats arabes unis, pays parmi les plus grands producteurs au monde, quittera l'Opep mené par Ryad et son extension Opep+ comptant aussi la Russie, à partir du 1er mai, a indiqué l'agence de presse officielle Wam.
"Cette décision reflète la vision stratégique et économique à long terme des Emirats arabes unis", a précisé Wam, en pleine "accélération des investissements dans la production d'énergie".
Avant le conflit au Moyen-Orient, les Emirats arabes unis figuraient au quatrième rang des 22 producteurs de l'alliance, derrière l'Arabie saoudite, la Russie et l'Irak, avec environ 3,5 millions de barils par jour (mbj).
"Le moment est venu de concentrer nos efforts"
Les Émirats, qui ont rejoint le cartel en 1967, ont "apporté des contributions importantes et consenti des sacrifices encore plus grands dans l'intérêt de tous. Mais le moment est venu de concentrer nos efforts sur ce que dicte notre intérêt national", a-t-elle ajouté.
Cet affranchissement d'une Opep dominée par l'Arabie saoudite intervient alors que les différends entre les deux puissances du Golfe, longtemps alliées, ont éclaté au grand jour ces derniers mois. De la Libye au Yémen en passant par la Corne de l'Afrique, Ryad voit d'un mauvais œil les ambitions régionales de son petit voisin, selon des analystes.
Les Emirats figurent parmi les pays plus touchés par les attaques menées par l'Iran
Désormais leur discorde se joue aussi sur le plan économique. Après le départ du Qatar en 2019, puis de l'Equateur et de l'Angola, l'annonce d'Abou Dhabi crée la surprise même si la monarchie, désireuse de produire plus pour engranger plus de recettes, avait fait entendre une voix dissonante au sein du groupe ces dernières années.
Elle avait d'ailleurs reçu un traitement de faveur pour augmenter ses quotas de production davantage que ses partenaires. Mais ces concessions n'ont visiblement pas suffi, au moment où l'impact de la guerre au Moyen-Orient pose de nouveaux défis. En effet, les Émirats figurent parmi les pays plus touchés par les attaques menées par l'Iran dans le Golfe en représailles à l'offensive israélo-américaine lancée le 28 février contre la République islamique.
De 3,5 millions de barils produits par jour, les Émirats pourraient passer à 4,5 millions de barils quotidiens. "Le but de l'OPEP, c'est de limiter, en tout cas d'encadrer les volumes produits pour peser sur les prix. Et donc là, les Emirats arabes unis très vraisemblablement ont jugé que leur quota de production était trop restrictif et que eux voulaient produire plus de pétrole. Donc, ils ont préféré prendre leur indépendance par rapport au cartel et la guerre a pu accélérer peut-être la décision", constate Sylvain Bersinger, économiste et fondateur du cabinet Bersingéco.
Le conflit a provoqué une quasi fermeture du détroit d'Ormuz par lequel transite d'ordinaire un cinquième du brut mondial, faisant flamber les cours. Et a mis au jour là aussi des divergences entre voisins du Golfe, Abou Dhabi adoptant un ton plus offensif à l'égard de Téhéran.
L'espoir d'une baisse des prix à la pompe
Pour Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy, ce retrait signe un tournant majeur pour l'Opep. "Avec l'Arabie saoudite, c'est l'un des rares membres à disposer d'une capacité de réserve significative - le mécanisme par lequel le groupe exerce son influence sur le marché", dit-il à l'AFP.
Si les effets risquent d'être limités à court terme, du fait des perturbations liées à la guerre, "cela se traduira à plus long terme par un affaiblissement structurel de l'Opep", estime-t-il. De quoi soulever "des questions quant à la pérennité du rôle de l'Arabie saoudite" et laisser entrevoir un marché pétrolier "potentiellement plus volatil".
Les Émirats arabes unis possèdent environ 6% des réserves mondiales de pétrole, deux fois moins que l'Arabie saoudite, poids lourds de l'OPEP, mais largement de quoi affaiblir l'Alliance qui dicte le cours du baril. Cette nouvelle concurrence devrait mécaniquement faire baisser les prix, selon le spécialiste, jusque dans les stations services des Français.
Selon David Oxley, expert chez Capital Economics, "lorsque les flux énergétiques reviendront à la normale, le départ de l'Opep+ pourrait conduire les Emirats arabes unis à pomper 1 million de barils supplémentaires".