Aller au contenu principal
Actuellement à l'antenne

Tanzanie : 518 morts dans les violences électorales, selon une commission d'enquête critiquée

Tanzanie (Illustration). [Yasuyoshi CHIBA / AFP]

Un total de 518 personnes sont mortes dans les violences électorales survenues fin octobre et début novembre en Tanzanie, selon une commission d'enquête. Un chiffre quatre fois inférieur aux plus de 2.000 tués recensés par l'opposition.

Les violences électorales survenues fin octobre et début novembre en Tanzanie ont fait 518 morts, a annoncé jeudi une commission d'enquête dont les membres ont été choisis par le gouvernement, un chiffre quatre fois inférieur aux plus de 2.000 tués recensés par l'opposition.

Une commission d'enquête remise en question

Le 29 octobre, jour d'élections présidentielle et législatives, des manifestations antipouvoir avaient éclaté, réprimées dans le sang durant plusieurs jours par les forces de sécurité. Les autorités tanzaniennes n'avaient communiqué jusqu'ici aucun bilan humain.

"Le nombre total de morts lié aux élections (...) est de 518", dont 490 de sexe masculin, "soit 94,6% du total" et 28 de sexe féminin, a annoncé le président de cette commission, Mohamed Chande Othman, ancien plus haut magistrat du pays, ajoutant que ce bilan était susceptible d'évoluer. Parmi les victimes, 16 étaient des policiers et 20 des enfants âgés de 5 à 17 ans, a-t-il précisé.

Le principal parti d'opposition, Chadema, avait estimé que cette commission d'enquête, annoncée par la présidente Samia Suluhu Hassan - qui avait remporté près de 98% des voix lors du scrutin jugé frauduleux par des observateurs internationaux -, n'était ni "indépendante" ni "impartiale" car composée "de membres des gouvernements présent ou passés" ou du parti au pouvoir.

Le rapport sur les violences électorales vise à "étouffer les crimes" des autorités, dénonce l'opposition
Le rapport présenté jeudi par une commission d'enquête nommée par le gouvernement vise à "étouffer les crimes" diligentés par les autorités durant les violences électorales survenues fin octobre et début novembre en Tanzanie, a dénoncé jeudi un cadre de l'opposition. "Tout cela est en réalité une opération de dissimulation", a regretté John Kitoka, un cadre de Chadema, le principal parti d'opposition tanzanien. "Le rapport est entièrement conçu pour blanchir les crimes du régime". La commission d'enquête a recensé 518 morts dans ces violences, contre plus de 2.000 pour Chadema.

Un nombre sous-estimé ?

Le vice-président de Chadema, John Heche, avait qualifié la répression de "massacres" ayant tué "plus de 2.000 personnes" et fait "plus de 5.000 blessés en l'espace d'une seule semaine". Plusieurs diplomates occidentaux basés en Tanzanie, ayant requis l'anonymat, ont fait état de 1.000 à 2.000 morts.

Après avoir bloqué internet au pire des violences, les autorités tanzaniennes sont accusées d'avoir fait disparaître de nombreux cadavres, parfois dans des fosses communes, pour dissimuler leurs forfaits.

Mohamed Chande Othman, pointant certains contenus "modifiés grâce à l'IA", a fait état de victimes "qui ont disparu pour des raisons romantiques et de gens qui se sont enlevés eux-mêmes" et a affirmé que "les allégations sur l'existence de fosses communes n'avaient pas pu être étayées".

En janvier, un médecin d'un grand hôpital de Dar es Salaam, la capitale économique et plus grande ville du pays, où la répression a été la plus sanglante, avait affirmé à l'AFP que des centaines de patients et de dépouilles avaient été emmenés de son établissement vers des lieux secrets au plus fort des troubles.

Des "exécutions sommaires"

L'ancien plus haut magistrat tanzanien a toutefois indiqué avoir reçu des "preuves ou des informations" sur des "personnes ayant disparu ou restant introuvables" depuis les élections. Les manifestations, parce qu'elles n'avaient pas été notifiées aux autorités, "n'étaient pas conformes à la loi", a-t-il encore observé, dénonçant également des manifestants porteurs d'armes de toutes sortes.

Le Centre for Information Resilience (CIR), une organisation indépendante basée au Royaume-Uni qui mène des enquêtes numériques, avait toutefois affirmé mi-janvier avoir "identifié de possibles fosses communes à partir d'images satellites et confirmé de grands tas de corps".

Les forces de sécurité tanzaniennes se sont livrées à des "exécutions sommaires", avait aussi assuré le CIR, notant "l'usage répété de balles réelles par les forces de sécurité et par des hommes armés en civil, ayant entraîné des victimes".

Beaucoup des tués ne participaient pas aux manifestations, selon des groupes de défense des droits de l'Homme et des témoins, la plupart trop effrayés pour parler par peur de représailles. Le gouvernement tanzanien a largement minimisé les violences, la présidente affirmant qu'aucune force excessive n'avait été utilisée.