Ce jeudi, au micro de Louis Sarkozy dans le podcast "En toute liberté", produit par le média belge 21News, Boualem Sansal a témoigné de la terrible expérience qu'il a vécue en Algérie, notamment son arrestation à l'aéroport d'Alger le 16 novembre 2024.
Un témoignage bouleversant. Boualem Sansal était l'invité de Louis Sarkozy dans le podcast En Toute Liberté, produit par le média belge 21News et à découvrir sur Europe1.fr. Dans ce huitième épisode publié ce jeudi 16 avril 2026, l'écrivain franco-algérien a raconté le moment où il a été arrêté puis incarcéré en Algérie.
Une promesse faite à sa femme non tenue
"J'étais venu en France pour la promotion de mon livre 'Le français, parlons-en !', qui est sorti en janvier 2024. Je faisais donc des allers-retours entre Alger et la France. Le 16 novembre, j'avais fait une belle intervention à Aix-en-Provence, puis je suis rentré à Paris pour aller voir ma femme qui était hospitalisée et qui devait rentrer à Alger une quinzaine de jours plus tard", a raconté l'écrivain franco-algérien.
"Je suis parti en avance parce qu'il y avait des travaux à faire dans la maison. J'ai dit à ma femme : 'Je m'occupe de tout cela et je reviens te chercher'. Je rentre à Alger le 16 (novembre) à 17h et je suis contrôlé à l'aéroport. Je donne donc mon passeport qui est ensuite scanné par l'agent. Un élément s'affiche sur son écran et il comprend quelque chose", a poursuivi Boualem Sansal, qui n'a pas pu tenir sa promesse auprès de sa femme.
Et d'ajouter : "Il m'a demandé quel était le prénom de ma mère, puis celui de mon père. Il passe ensuite un coup de téléphone. Un policier vient me chercher et nous disparaissons dans les sous-sols de l'aéroport. Je suis enfermé dans un bureau jusqu'à 2h du matin. La porte finit par s'ouvrir et quatre hommes, habillés comme des jeunes, un peu islamistes sur les bords, rentrent dans la pièce."
Créer un état de sidération en France
"Ils me mettent alors les menottes, une cagoule et me font sortir de nuit. Nous rentrons à bord d'une voiture, qui commence à rouler. J'ai fini par dire 'Eh les gars, vous allez me tuer où ?', et eux se sont mis à rigoler. Alors j'ai ajouté : 'Si vous voulez me tuer, s'il vous plaît pas de couteau, plutôt un pistolet'. Cela les faisait rire."
"Une fois arrivés, je me retrouve dans une pièce sans fenêtres, obscurité quasi-totale, puisque le peu de lumière rentrait par la ventilation. Au bout de deux heures, un homme est venu me voir pour me passer deux bouteilles d'eau. L'une était remplie, tandis que l'autre était vide. 'Celle-là tu bois, celle-ci tu pisses dedans' me dit-il", a raconté l'écrivain.
Avant d'affirmer : "J'ai passé six ou sept jours là-dedans. Personne ne m'explique ce qu'il se passe, pourquoi je suis là. Toutefois, j'ai eu plus tard les explications : ils voulaient créer un état de sidération en France. Tout le monde cherchait Boualem Sansal, que ce soit en France ou en Algérie."
Être ami avec Nicolas Sarkozy, ennemi de l'Algérie
"Au bout du septième jour, ils me sortent de là et me mettent dans un fourgon. Je ne pouvais pas voir où nous allions. Je découvre alors que nous sommes dans le sous-sol d'un bâtiment, en pleine cellule. L'odeur était abominable. Puis ils viennent me chercher pour la procédure judiciaire de la présentation. Elle consiste à présenter celui qu'on arrête au procureur", a développé Boualem Sansal.
"Je m'asseois face au procureur et il me dit : 'Vous êtes accusé de terrorisme, d'espionnage et d'atteinte à la sûreté de l'État. Qu'est-ce que vous avez à dire ?' Je lui ai répondu que je n'avais rien à dire et que je voulais un avocat. 'Pas d'avocat', lance le procureur. 'Très bien, je n'ai rien à dire', ai-je rétorqué."
"Le procureur signe un papier et deux policiers m'amènent alors au quatrième étage où je rencontre le juge d'instruction. Il me répète les accusations faites à mon encontre. Je lui dis : 'Je n'ai rien à dire. Je veux un avocat ou appeler le consul de France. Je suis Français, j'ai droit à une protection'. Cela l'a fait beaucoup rire."
"Quand j'ai été arrêté, ils avaient saisi mon téléphone portable et ont fouillé dedans. 'Vous avez le contact de Nicolas Sarkozy ?', m'ont-ils demandé. J'ai répondu que c'est un ami. 'Sarkozy, l'ennemi de l'Algérie, est ton ami ?', ont-ils questionné. 'Oui, Sarkozy est l'ennemi de l'Algérie et c'est mon ami', ai-je répondu", a fièrement raconté l'écrivain franco-algérien.
"En fin de journée, avec un mandat de dépôt, ils m'amènent de nouveau dans un fourgon qui m'amène à la prison de Koléa, une terrible prison, où je suis placé dans le quartier de très haute sécurité, où sont placés les terroristes. La cellule faisait 6m² et était pour deux personnes. Commence alors un an d'incarcération", a conclu Boualem Sansal.