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Besançon : un jeune bûcheron en procès pour viol ou agression sexuelle sur 43 victimes, âgées entre 13 et 19 ans

[Martin LELIEVRE / AFP]

Une affaire sordide. Théo Denner, bucheron à Besançon, est actuellement jugé pour avoir piégés 43 adolescents ou jeunes hommes dans le Doubs, entre 2018 et 2023. Le jeune bûcheron dissimulé derrière le faux profil d'Aurélie, créé sur les réseaux sociaux est jugé depuis lundi à Besançon.

"Je reconnais encore les faits", a déclaré Théo Denner, à l'ouverture de son procès devant la cour criminelle du Doubs, qui doit durer trois semaines. "Je suis là pour apporter des explications à ce qui s'est passé", a ajouté l'accusé de 25 ans au visage joufflu, encadré d'une barbe châtain. Il encourt 20 ans d'emprisonnement.

Plus de 40 victimes dont des garçons de 13 ans

Les enquêteurs de la gendarmerie ont identifié 43 victimes (41 garçons et deux filles) de son entourage scolaire, amical ou professionnel, "âgées de 13 à 19 ans environ" au moment des faits, selon le résumé de la présidente de la cour, Delphine Thibierge.

Parmi elles, six adolescents (et non sept comme indiqué précédemment par le parquet) ont dénoncé des viols. L'accusé a regardé attentivement défiler les dizaines de témoins appelés à la barre avant le début des débats.

Beaucoup de ces grands gaillards, ses anciens camarades d'un centre de formation agricole du secteur de Montbéliard, font partie des 43 victimes des faits de viols, d'agressions sexuelles, de harcèlement sexuel ou encore atteintes à la vie privée qui lui sont reprochés entre entre 2018 et 2023.

Mais "anéantis" et tenaillés par la "honte" de ce qu'ils ont subi, très peu se sont constitué partie civile. L'enquête avait débuté en 2021 dans un village du Doubs, lorsqu'un garçon de 17 ans avait dénoncé un viol de la part de Théo Denner, qui suivait à l'époque un apprentissage de bûcheronnage.

Dans le téléphone et l'ordinateur du suspect, les gendarmes découvraient une trentaine de dossiers nominatifs, contenant des photos et des vidéos intimes des victimes.

Un sympathique de la mouvance skinhead

Théo Denner, qui affichait sa sympathie pour la mouvance skinhead, avait créé sur les réseaux sociaux un faux profil au nom d'Aurélie, une jolie bûcheronne blonde de 20 ans, qui dévoilait volontiers des photos dénudées.

Avec le personnage d'Aurélie, il a créé "un véritable marketing du crime" pour tromper les adolescents, relève Jean-Baptiste Euvrard, avocat de quatre jeunes hommes.

L'accusé utilisait en effet ce faux compte pour appâter ses victimes. Au fil des échanges, "Aurélie" obtenait des photos intimes de ses cibles, nus ou en train de se masturber. Elle leur ordonnait ensuite d'avoir des relations sexuelles avec Théo Denner, en les menaçant de violences ou de diffuser ces images s'ils refusaient.

Contacté par ses proies, le jeune bûcheron se disait lui aussi victime du chantage d'Aurélie et les rencontrait pour des relations sexuelles contraintes, qu'il filmait et conservait. Le chantage pouvait ainsi durer plusieurs mois. Les exigences d'Aurélie ne cessaient d'augmenter.

"J'en peux plus là, c'est trop difficile. Je vais tout arrêter", confiait l'un d'eux dans un échange, lu à l'audience, avec Théo Denner, qu'il croyait également piégé par la jeune femme. "Il faut continuer, t'as pas trop le choix, elle (Aurélie) a les photos", lui rétorquait le jeune bûcheron.

Un accusé qui "rit de l'absence de consentement de ses victimes"

Le directeur d'enquête a souligné "la violence" et "l'absence totale d'empathie de Théo Denner" qui "rit de ", alors que "la plupart sont ses amis, les petits frères de ses amis".

Les avocats de la défense, Baptiste Monnot et Jules Briquet, ont au contraire avancé que leur client se présentait comme "macho, raciste" pour "donner le change" alors qu'il avait des difficultés à assumer son homosexualité dans "un milieu agricole et viriliste".

Son grand-père, "un modèle masculin qu'il portait aux nues", selon Me Briquet, était "profondément homophobe et avait ces mots: un homo, c'est une balle dans la tête".