Pensée pour simplifier les démarches, la carte d'identité numérique reste largement sous-utilisée. Faute d’obligation légale, de solutions techniques communes et d'un soutien clair de l'État, l’outil peine à s'imposer dans le quotidien des Français.
Lancée en grande pompe, l'application France Identité devait incarner le virage numérique de l'administration. Deux ans plus tard, le constat est mitigé. Avec seulement plus de 3,4 millions d’inscriptions valides, l'adhésion reste marginale, malgré des fonctionnalités jugées pratiques par ses utilisateurs.
Cette progression traduit l’adoption progressive de l’identité numérique dans les usages du quotidien. Plus de 3,4 M d'utilisateurs font déjà confiance à France Identité
Pour en savoir plus : https://t.co/0sx4VsichH#IdentitéNumérique#TransformationNumérique#InnovationPublique— France Identité (@france_identite) January 8, 2026
En cause, un manque de cohérence dans son déploiement. Certaines administrations jouent le jeu, d'autres non. Les forces de l’ordre peuvent contrôler une identité numérique grâce à des smartphones sécurisés, tout comme les agents de la SNCF, équipés pour scanner les QR Codes lors des contrôles à bord. Mais ces exemples restent l’exception.
Une utilité qui pose question
Dès que l'on sort du périmètre strictement administratif, les limites apparaissent. Dans le secteur de la santé, l'absence d'équipements adaptés freine l'usage, comme c’est déjà le cas pour la carte Vitale dématérialisée. Même constat dans les transports aériens. La Direction générale de l’aviation civile prévoit une acceptation de la carte d'identité numérique au plus tôt à l’été 2026, uniquement pour les vols intérieurs.
À La Poste, la situation illustre une concurrence paradoxale. Si France Identité figure parmi les solutions évoquées pour retirer un colis, elle n'est pas encore pleinement acceptée, contrairement à l'Identité Numérique développée en interne. Une situation rendue possible par un vide juridique.
Un cadre légal qui bloque la généralisation
La loi du 27 mars 2012 autorise la preuve d’identité "par tout moyen", mais impose toujours la présentation d'une carte physique ou d'un passeport. La version numérique n'y est jamais mentionnée. Résultat, chaque organisme reste libre d'accepter ou non la solution. Un "trou dans la raquette" reconnu par France Titres auprès du Parisien, chargé du dispositif.
À cela s'ajoutent des contraintes techniques lourdes. Scanner le QR Code nécessite des appareils sécurisés, sans qu'une solution universelle n'ait été proposée par l'État. L'absence d'API (une interface logicielle qui permet de "connecter" un logiciel ou un service à un autre logiciel ou service afin d'échanger des données et des fonctionnalités) ouvertes empêche par ailleurs les acteurs privés d'intégrer France Identité à leurs services, limitant fortement sa visibilité.
Un possible tournant avec la question de la pornographie
Un usage pourrait toutefois changer la donne. France Identité expérimente actuellement une preuve d'âge anonyme, destinée à l'accès aux sites pornographiques et aux réseaux sociaux soumis à des restrictions.
Une fonctionnalité clé qui pourrait enfin donner à la carte d'identité numérique l'élan qui lui manque.