Face à la hausse des crimes impliquant des mineurs, la suppression de l’excuse de minorité revient au cœur du débat politique. Soutenue par une large majorité de Français (77%) selon un sondage CSA pour Europe 1, CNEWS et le JDD, la mesure divise néanmoins les partis.
Faut-il suspendre l’excuse de minorité ? En France, les crimes commis par des mineurs sont en hausse. La récente agression au couteau d’une professeure d’un collège de Sanary-sur-Mer (Var) par un élève de 14 ans en est une illustration. Face à cela, Gérald Darmanin a plaidé mardi pour "la suppression" de l’excuse de minorité et pour que la justice des mineurs fasse partie des enjeux de l’élection présidentielle de 2027.
Le garde des Sceaux reconnaît ne pas avoir "les moyens politiques" pour changer la Constitution "aujourd’hui". "Je pense que le tribunal pour enfants doit continuer à exister, et même être modifié. Mais l’excuse de minorité, comme l’a dit le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, doit être supprimée", a déclaré le ministre de la Justice.
Un avis partagé par la majorité des Français. Selon un sondage CSA pour Europe 1, CNEWS et le JDD, 77% des Français estiment qu’il faut suspendre l’excuse de minorité pour les mineurs qui participent à des crimes graves, comme les violences physiques ou les homicides.
Le niveau d’adhésion à cette suspension reste élevé dans le temps. Entre avril 2024 et février 2026, la part de Français favorables oscille entre 75% et plus de 81%, traduisant une constance de l’opinion malgré les évolutions du contexte politique et médiatique.
Des différences limitées selon les profils
L’analyse détaillée montre que le soutien à la suspension traverse largement les catégories de population. Les résultats de l’enquête indiquent que les hommes (79%) et les femmes (74%) partagent globalement la même opinion sur la question. Il en va de même selon l’âge, même si quelques écarts apparaissent.
Alors que les 18 à 24 ans semblent plus mitigés, tout en restant majoritairement favorables (70%), le soutien est nettement plus élevé chez les 50 à 64 ans (84%). Du côté des catégories socio-professionnelles, les CSP+ (75%), les CSP- et les inactifs (77%) affichent des niveaux de soutien proches de la moyenne nationale.
Un clivage politique plus marqué
En revanche, les résultats divergent selon la proximité politique. Même si la gauche (66%) reste majoritairement favorable à la suspension, le soutien y est moins élevé que dans les autres blocs. Les Écologistes (40%) semblent même majoritairement opposés à la suppression de l’excuse de minorité.
De leur côté, les sympathisants de la majorité présidentielle se montrent largement favorables (78%). À droite (89%), ainsi qu’au sein des électorats du Rassemblement national et de Reconquête (87%), l’adhésion atteint les niveaux les plus élevés.
Ces résultats illustrent l’attente d’une partie importante de l’opinion en matière de fermeté pénale face aux crimes graves commis par des mineurs. La question de l’excuse de minorité devrait être un thème majeur du débat politique et judiciaire dans les prochains mois, notamment à l’approche des élections municipales et de l’élection présidentielle de 2027.