Les Houthis pro-iraniens du Yémen ont revendiqué dimanche des frappes contre le quartier d'affaires de Riyad, où une tour d'Aramco a été endommagée selon des témoins, les autorités saoudiennes rapportant une "tentative d'attaque" contre un bâtiment du géant pétrolier.
L'Arabie saoudite, et sa capitale, sont quasi quotidiennement visées depuis octobre par des tirs des combattants houthis, qui se battent contre le gouvernement yéménite, soutenu depuis 2015 par une coalition militaire dirigée par le royaume.
"Les frappes ont provoqué d'importants dégâts sur les sites visés"
Le mouvement a annoncé avoir mené quatre opérations avec des "missiles balistiques, de croisière et des drones", visant notamment l'aéroport, "les réservoirs d'Aramco et le centre financier" de la capitale saoudienne.
"Les frappes ont (...) provoqué d'importants dégâts sur les sites visés", a-t-il ajouté dans un communiqué, affirmant agir en représailles aux attaques, elles aussi récurrentes, de la coalition au Yémen, qui ont fait selon les Houthis au moins 63 morts vendredi et samedi.
La coalition a de son côté diffusé des images de ce qu'elle présente comme des frappes ayant détruit deux rampes de lancement de missiles balistiques dans la province de Saada, au nord du Yémen, affirmant qu'elles avaient été utilisées par les Houthis pour tenter de frapper Riyad dimanche.
"Ni blessés ni morts"
Le ciblage du quartier d'affaires de Riyad - un des symboles les plus visibles des réformes économiques et sociales dans le royaume - marque une escalade supplémentaire dans le conflit du Yémen, qui a repris en juillet ouvrant un nouveau front dans la guerre au Moyen-Orient.
Dimanche matin, après que la capitale a été secouée par de puissantes explosions, un témoin a indiqué à l'AFP que "la tour Aramco" du quartier financier "roi Abdallah" avait été "prise pour cible".
Un autre a indiqué avoir vu un projectile, qu'il n'a pas pu identifier, frapper le bâtiment. Selon un autre témoin, plusieurs étages semblent avoir été endommagés, avec des vitres brisées et des dégâts visibles sur une partie de la façade.
"Un bâtiment administratif appartenant à Aramco à Riyad a fait l'objet d'une tentative d'attaque aujourd'hui", a indiqué ensuite sur X le ministère de l'Énergie, faisant état de la "chute de débris qui ont causé des dégâts mineurs au bâtiment, sans faire de blessés ni de morts".
L'AFP n'a pas pu confirmer l'étendue des dégâts dans l'immédiat. Le ministère de l'Intérieur rappelle régulièrement aux habitants qu'il leur est interdit de prendre et publier des images de drones, de missiles ou des impacts de tirs.
Les installations du géant pétrolier saoudien, tout comme l'aéroport international de la capitale, visé par une frappe meurtrière mi-octobre, sont régulièrement pris pour cible depuis la reprise du conflit yéménite.
Avec ses imposants gratte-ciel, ses commerces de luxe et ses espaces verts, le quartier d'affaires accueille de grandes entreprises du royaume, les sièges de la Bourse et du Fonds public d'investissement (PIF), le puissant fonds souverain saoudien, ainsi que de grandes multinationales, comme Goldman Sachs.
L'Iran appelle au "dialogue"
Selon l'analyste Andreas Krieg, du King's College de Londres, les Houthis, avec cette frappe, font "de la transformation économique de l'Arabie saoudite l'otage d'une guerre qui semble de plus en plus impossible à gagner" pour elle. Cela démontre en outre les difficultés pour Riyad de "rétablir sa capacité de dissuasion par la seule puissance aérienne".
Les tirs interviennent quelques heures après que le ministère saoudien de l'Éducation a annoncé la reprise des cours en présentiel à Riyad, après plusieurs semaines d'enseignement à distance du fait des frappes. Sur le terrain yéménite, les combats semblent aussi s'intensifier ces derniers jours.
Les Houthis ont affirmé y avoir aussi visé dimanche des "concentrations de troupes saoudiennes" dans les gouvernorats de Jawf (nord), Marib (centre) et Lahj (sud), faisant état de "nombreux morts et blessés". Le ministère de la Santé des Houthis avait annoncé samedi que 33 personnes, dont huit femmes et 13 enfants, avaient été tuées dans un bombardement aérien de la coalition contre un village à l'est de la capitale Sanaa, contrôlée par le mouvement.
La veille, au moins 30 personnes avaient péri dans un bombardement sur un marché du gouvernorat de Taëz (ouest). Les forces gouvernementales yéménites et les Houthis s'étaient mutuellement rejeté la responsabilité de l'attaque. Condamnant les bombardements visant des infrastructures civiles au Yémen, l'Iran y a appelé dimanche à "l'arrêt immédiat des attaques militaires" et au "respect du droit du peuple yéménite à disposer de son sort", exhortant les belligérants au "dialogue".