Le préfet du Rhône a interdit une conférence du député LFI Raphaël Arnault, prévue vendredi à Villeurbanne, ainsi que tout rassemblement à proximité, en raison des risques de troubles à l'ordre public. La décision intervient dans un contexte de tensions entre ultradroite et ultragauche, exacerbées par la mort du militant d'extrême droite Quentin Deranque en février.
Le préfet du Rhône Etienne Guyot a interdit une conférence du député LFI Arnault prévue vendredi à Villeurbanne, ainsi que tout rassemblement à proximité après des appels venus de groupuscules d'ultradroite, selon un communiqué publié jeudi.
"Cette mesure a pour objectif de prévenir les risques de troubles à l'ordre public et notamment les affrontements entre des groupuscules radicaux qui revendiquent l'usage de la violence", explique la préfecture.
Initialement programmée ce jeudi à Lyon, jour de grève et de manifestations intersyndicales, l'évènement de présentation de son livre "Antifasciste" avait été annulé par la mairie de secteur dont dépendait la salle de conférence, pour des raisons de "sécurité". Il avait ensuite été reprogrammé par les organisateurs pour le vendredi et à Villeurbanne.
Selon l'arrêté préfectoral daté de jeudi, la préfecture a préalablement demandé au maire de Villeurbanne d'interdire la conférence. L'élu socialiste n'ayant pas donné suite, le préfet s'est substitué au maire.
L'avocate de Raphaël Arnault dénonce une interdiction "gravement illégale"
Deux rassemblements étaient par ailleurs annoncés à proximité du lieu prévu de la conférence, l'un déclaré, hors délai, par la figure d'extrême droite Yvan Benedetti, l'autre par un groupuscule d'ultradroite sur les réseaux sociaux.
L'avocate Chirinne Ardakani, représentante de Raphaël Arnault et d'Anaïs Belouassi-Cherifi, députée LFI du Rhône également annoncée à la conférence, a immédiatement fait part de son intention de contester la décision du préfet en référé devant le tribunal administratif, dénonçant une "interdiction gravement illégale et attentatoire à la liberté constitutionnellement garantie d'expression et de réunion".
"L'exécutif local entrave l'activité politique de deux parlementaires d'opposition", réagit-elle auprès de l'AFP. "C'est le monde à l'envers : plutôt que de mettre en oeuvre l'obligation qui lui incombe pour assurer la bonne tenue de cette conférence, l'État capitule face aux pressions et aux appels au rassemblement de l'extrême droite néonazie", poursuit-elle, regrettant une interdiction tardive.
La famille du militant d'extrême droite radicale Quentin Deranque, battu à mort à Lyon en février, avait vivement critiqué jeudi la tenue de cette conférence du député du Vaucluse, dont des proches sont mis en examen dans cette affaire.
Raphaël Arnault a été entendu le 29 octobre dans les locaux de la sous-direction antiterroriste (Sdat) en audition libre, dans le cadre de l'enquête sur la mort du jeune homme de 23 ans.
La préfecture invoque les tensions entre ultradroite et ultragauche après la mort de Quentin Deranque
Les coups avaient été portés après une bagarre entre militants d'ultragauche et d'ultradroite le 14 février en marge d'une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon.
Quatorze personnes ont été mises en examen pour meurtre ou complicité dans cette affaire, dont un attaché parlementaire de Raphaël Arnault. Certains des suspects appartenaient à la Jeune Garde, mouvement antifasciste aujourd'hui dissous, cofondé par Raphaël Arnault.
La préfecture, qui craignait vendredi une "riposte" de l'ultragauche aux rassemblements annoncés à l'extérieur, estime dans son arrêté que "l'événement projeté reproduit la configuration - réunion publique en présence d'un élu de La France insoumise et mobilisation hostile de l'ultradroite à ses abords - dans laquelle sont survenus les faits du 12 février 2026".
La mort de Quentin Deranque a "durablement exacerbé, dans l'agglomération lyonnaise, l'antagonisme violent, ancien et documenté, entre ces deux mouvances" d'ultradroite et ultragauche, souligne encore l'arrêté.