Invitée d'Europe 1 matin jeudi 8 octobre, Madeleine de Jessey a estimé que l'affaiblissement progressif des mécanismes de sélection scolaire a favorisé une massification de l'enseignement supérieur parfois déconnectée des besoins du marché du travail. L'autrice de L'école des illettrés pointe également les désillusions que cette évolution peut provoquer chez les étudiants.
Pour Madeleine de Jessey, plusieurs réformes ont contribué à modifier en profondeur la logique du système éducatif. Alors que les mobilisations lycéennes ne faiblissent pas, elle livre son analyse au micro de Dimitri Pavlenko. "On a rendu le brevet non éliminatoire", rappelle-t-elle, avant de poursuivre : "On a rendu le bac de plus en plus accessible puisque faute d'élever le niveau du bac, on l'a abaissé au niveau réel des élèves".
Selon la professeure agrégée de lettres classiques, ces évolutions ont favorisé "une massification de l'enseignement supérieur". Une orientation qui, à ses yeux, repose aussi sur l'idée selon laquelle la sélection constituerait une forme d'injustice pour les élèves. "À force d'avoir dit aux élèves que la sélection est une violence qui vous est faite", explique-t-elle, le système a progressivement réduit les barrières d'accès aux diplômes.
Des études supérieures parfois éloignées des besoins du marché du travail
Madeleine de Jessey souligne également les conséquences de cette massification. Elle évoque "un taux d'échec qui est immense en première année" dans l'enseignement supérieur et s'interroge sur l'adéquation entre les parcours proposés et les débouchés professionnels.
S'appuyant sur un chiffre cité pendant l'entretien, elle rappelle que "50,7 % des emplois actuels sont occupés par des profils qui ont le bac ou un diplôme inférieur au bac". Dès lors, estime-t-elle, la création de places supplémentaires dans le supérieur "ne correspondrait pas nécessairement à la réalité du marché du travail en France". Une situation qui peut conduire certains étudiants à nourrir "des aspirations qui ne correspondent pas à l'emploi" et générer, selon elle, une "source de désillusion" d'autant plus forte qu'elle intervient après plusieurs années d'études.