Le Premier ministre espagnol Pédro Sanchez a invité les électeurs a retourner aux urnes le 29 novembre prochain dans le cadre d'élections législatives anticipées. Car, derrière une croissance insolente, l'Espagne traverse une zone de turbulences politique.
Va-t-on vers une crise politique en Espagne ? Le Premier ministre Pédro Sanchez a annoncé lundi la convocation d'élections anticipées le 29 novembre, trois jours après le rejet des mesures de son gouvernement pour sortir de la crise du logement.
Sa décision ouvre une nouvelle page politique en Espagne, où les prochaines élections législatives étaient initialement attendues à la mi-2027. "J'ai décidé de convoquer dès ce (lundi) matin un Conseil des ministres extraordinaire afin de dissoudre les chambres et de convoquer des élections législatives qui se tiendront le dimanche 29 novembre", a-t-il dit. En cause : un nouvel échec de son gouvernement en pleine crise du logement.
Une période démocratique difficile pour le gouvernement
"Pour mener en profondeur les réformes en suspens dont nous avons besoin (...), nous devons nous mobiliser et obtenir que le Parlement nous accorde une majorité bien plus large, progressiste, grâce à laquelle nous pourrons faire plier les élites, conquérir de nouveaux progrès sociaux et continuer à transformer l'Espagne", a-t-il ajouté.
Car en réalité, le gouvernement espagnol connaît un exercice du pouvoir difficile. Les Socialistes (PSOE) disposent d'une majorité très fragile, qui repose en général sur le vote de petits partis régionaux de gauche pour faire adopter les textes. En face, le parti populaire (PP), à droite de l'échiquier politique, surfe sur sa popularité. Le parti est déjà arrivé en tête des élections législatives en 2023, mais grâce à un jeu d'alliance, Pédro Sanchez a pu de nouveau former un gouvernement, avec cependant deux difficultés : aucune majorité absolue au Congrès des députés (l'équivalent de l'Assemblée nationale ndlr) et un Sénat à droite. Depuis, la situation semble bloquée et l'Espagne n'a ainsi pas voté de budget depuis trois ans.
Revers politiques à la chaîne
Récemment encore, le Sénat a rejeté la ratification du traité d'amitié de coopération franco-espagnol. Le PP s'opposait alors à une des mesures du traité qui prévoyait qu'un membre du gouvernement français, comme espagnol, pouvait être invité au moins une fois par trimestre au Conseil des ministres du pays ami. Un affront pour la droite espagnole qui juge la méthode trop intrusive. Mais derrière, le PP en a profité pour sanctionner le gouvernement socialiste.
La crise migratoire à Ceuta avait aussi fragilisé Pedro Sanchez, qui défend une politique migratoire à contre-courant de ce qu'il se passe dans d'autres pays d'Europe. Cependant, c'est la crise du logement, à travers le rejet par le Congrès des députés des décrets sur le sujet, qui aura eu raison de la stabilité du gouvernement Sanchez. Ces décrets constituaient la réponse du gouvernement à la vague de protestations déclenchée par l'expulsion de Maricarmen Abascal, une octogénaire contrainte de quitter l'appartement madrilène où elle vivait depuis 70 ans après son rachat par une société de gestion qui souhaitait en augmenter fortement le loyer.