Au terme de sa visite en France, le pape Léon XIV a appelé à prendre au sérieux les inquiétudes sur l'intelligence artificielle, tout en assurant ne pas être "en état de panique". Il a également nuancé les propos de victimes de violences sexuelles dans l'Église et affirmé ne pas s'être "immiscé" dans le débat français sur l'aide à mourir.
Au terme de sa visite de quatre jours en France, le pape Léon XIV a livré, dans l'avion le ramenant en Italie, une conférence de presse abordant trois sujets majeurs : l'intelligence artificielle, les violences sexuelles dans l'Église et l'aide à mourir.
Le pape Léon XIV a déclaré que les inquiétudes concernant l'intelligence artificielle devaient "être prises au sérieux" et ne constituaient pas de "fausses informations", tout en précisant qu'il n'était pas "en état de panique". "Si quelqu'un me demandait si je suis en mode panique, non, je ne le suis pas. Je dors la nuit", a-t-il déclaré aux journalistes, avant d'ajouter : "Je pense toutefois que les préoccupations exprimées par de nombreux experts et spécialistes de l'IA doivent être prises au sérieux".
Le pape américain avait déjà mis en garde à plusieurs reprises, au cours de son voyage en France, sur la nécessité de protéger l'humanité face à cette technologie, déclarant notamment vendredi à Paris : "Pour ne pas perdre notre humanité au milieu du "paradis de machines" qui envahissent et conditionnent notre quotidien, il est urgent de former les esprits à un discernement éthique".
Il a également estimé que les avertissements de certains professionnels du secteur n'étaient pas des "fausses informations" destinées à provoquer, "que ce soit pour des raisons financières ou pour un autre type d'avantage", jugeant qu'ignorer la question ne serait "probablement pas la manière la plus responsable de procéder".
Des abus "commis de manière systématique" au sein de l'Église
Léon XIV a par ailleurs estimé que certaines organisations au sein de l'Église catholique avaient "parfois commis des abus de manière systématique", nuançant les propos rapportés la veille par des victimes de violences sexuelles commises par des membres du clergé en France, qui avaient évoqué des "abus systémiques". "Personnellement, je préfère l'exprimer autrement, même si j'ai effectivement parlé de certaines organisations au sein de l'Église qui, parfois, si l'on peut dire, ont commis des abus en tant que système", a-t-il nuancé.
Le pape avait rencontré dimanche à Lourdes sept victimes françaises de violences sexuelles dans l'Église, consacrant à chacune un tête-à-tête d'une quinzaine de minutes suivi d'un temps collectif. Il a estimé lundi que ces violences signifiaient également que "la vie de foi des personnes est profondément blessée, parfois même détruite", ajoutant avoir évoqué avec les victimes "la manière dont l'Église a pu, à certains égards, être considérée comme responsable, mais aussi le rôle important qu'elle peut jouer pour les aider à trouver la guérison".
Le sujet reste brûlant pour l'Église de France, cinq ans après un rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (Ciase) ayant estimé à 330.000 le nombre de victimes mineures depuis 1950.
"Je ne me suis pas immiscé dans la politique française" sur l'aide à mourir
Enfin, alors qu'il avait martelé l'opposition de l'Église à l'aide à mourir tout au long de sa visite, le pape a assuré ne pas avoir voulu "s'immiscer" dans la politique française. "Lorsque l'Église parle de défense de la vie, lorsqu'elle parle de questions de doctrine sociale, elle n'entre pas dans la politique, elle applique l'Évangile à la vie des personnes", a-t-il expliqué, précisant que, selon la conception de l'Église sur la séparation entre l'Église et l'État, il n'avait pas franchi cette frontière.
Il a rappelé que la défense de la vie était un enseignement auquel l'Église "croit profondément", citant l'adoption récente d'une loi sur la fin de vie en France ainsi que les nombreux débats similaires dans d'autres pays. Évoquant Lourdes, où "les gens sont en quête de quelque chose de bien plus profond", il a estimé que l'Église souhaitait affirmer, au nom du Christ, les valeurs que recèle la vie "même au milieu de la maladie, du handicap ou de souffrances de toutes sortes". "Je dirais donc que si cela est de la politique, je l'ai fait, mais ce n'était pas pour m'immiscer dans la politique française", a conclu le pape de 71 ans.
Le droit à l'aide à mourir, réforme sociétale majeure de la présidence d'Emmanuel Macron, avait été entériné le 15 juillet par le Parlement français, au grand désarroi de l'Église de France, pour qui cette mesure constitue une "rupture anthropologique".