Lors de sa visite au siège de l’UNESCO ce 25 septembre 2026, Léon XIV a encouragé à ne pas renoncer au multilatéralisme malgré la crise qu’il traverse. Dans son long discours d’une demi-heure, le pape a défendu une dignité humaine indépendante de l’"efficacité". Il a aussi alerté sur la vulnérabilité des jeunes à l’ère numérique, appelant à préserver leur "liberté de penser". Il était le deuxième pape à se rendre sur place après Jean-Paul II en 1980.
Il s’agissait de son deuxième rendez-vous, au premier jour de son voyage apostolique en France ce vendredi : après sa visite à l’Élysée ce matin, le pape s’est rendu au siège de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), dans le 7e arrondissement de la capitale. Il a été accueilli par de longs applaudissements dans l’enceinte de l’institution dirigée par l’Égyptien Khaled El-Enany, qui compte près de 200 États membres.
Au sein de cette assemblée de nations, le pape s’est présenté comme un "témoin de la paix" et a désigné l’UNESCO comme un "interlocuteur privilégié" de l’Église catholique au service du bien commun. En 2027, le Saint-Siège fêtera son 75e anniversaire de présence à l’UNESCO comme État observateur (1952).
Devant ses hôtes internationaux, le pape a formulé une question à laquelle se confronte chaque culture, "même au XXIe siècle" : que signifie être humain ? Il a alors esquissé quelques traits de l’humanité, partant de la naissance, un évènement subi et non choisi, où tous se révèlent "nus et dans le besoin", et évoquant aussi la mort commune. Pour le pontife, oublier ces circonstances universelles peut conduire à considérer la vie "comme une marchandise".
Le pape a longuement plaidé pour la promotion de "la dignité inaliénable de chaque être humain", dont il a fait une condition pour l’avenir. Selon lui, le "critère de vérification" pour évaluer cet engagement réside dans l’attention "aux plus petits et aux pauvres". Et de citer "les enfants dans le sein de leur mère et sur les différents théâtres de guerre, les personnes souffrant d’un handicap physique ou intellectuel, les personnes âgées, les migrants".
"L’immense dignité de chaque personne […] reste intacte même dans les circonstances les plus précaires, jusqu’à la mort elle-même", a martelé le texte de l’Église catholique. Et la dignité humaine "n’est pas détruite par la maladie ou la souffrance, et elle ne dépend pas non plus de nos capacités". Il s’est élevé en ce sens contre la mise à l’écart de personnes jugées selon le "critère de l’efficacité".
La "liberté de penser" des jeunes à l’ère numérique
Dans le contexte de l’ère numérique, le pontife américano-péruvien s’est inquiété en particulier de la "vulnérabilité" des jeunes et des enfants. Il a demandé à la communauté internationale d’assurer leur "protection" afin qu’ils ne soient pas victimes d’"exploitation" mais qu’ils gardent "leur liberté de penser et de discerner".
Dans la salle ornée de drapeaux de tous les pays membres, Léon XIV a fortement encouragé l’éducation, car "la paix ne peut être construite seulement par des traités". Cette éducation "n’est pas complète si elle ne parle pas de la question du sens", a-t-il averti. Il a professé sa foi en une destinée humaine "qui n’est pas la mort". "Nous ne sommes pas en chemin vers le néant", a-t-il affirmé. Il a aussi prévenu qu’une éducation qui "abandonne la vérité" peut devenir "un instrument de manipulation des consciences".
Soulignant l’"immense potentiel" de l’être humain, il a insisté aussi sur sa "responsabilité devant l’histoire". Il a mis en garde contre l’usage de sa liberté, faisant observer que l’humanité peut aussi bien "cultiver la terre ou la défigurer, créer des œuvres d’art ou les détruire". Et de glisser que "la plus terrible des ‘œuvres humaines’ est la guerre" et sa "volonté inhumaine de détruire et de tuer".
Le pape s’élève contre la "corruption de la culture"
Léon XIV est revenu sur la naissance de l’UNESCO au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Comme son prédécesseur François avant lui, le 267e pape a déploré la "crise d’efficacité" du multilatéralisme aujourd’hui. Face à la tentation de considérer le dialogue comme "un frein à l’action" ou "une forme d’hypocrisie", il a exhorté à promouvoir "la confiance", assurant que "le bien est toujours possible" – tout en se défendant d’un "optimisme naïf". "Chaque enfant qui naît apporte de l’espérance", a-t-il aussi proclamé.
Au fil de son texte, Léon XIV a dénoncé le "despotisme", les "formes rapaces de néocolonialisme", les "impositions idéologiques", ou encore "la prétention de se faire l’égal de Dieu", prenant la défense des innocents "tués au nom de la liberté". Il s’est arrêté sur "la corruption de la culture", condamnant "la volonté arbitraire des puissants" qui "bafouent" les lois qui les entravent.
Ces maux, pour le pape, nuisent autant à la société qu’à "l’environnement". Derrière la crise écologique actuelle, il a vu "une crise anthropologique". "Il n’y a qu’une seule Terre pour tous et une nature humaine commune", a-t-il lancé, appelant à plusieurs reprises à une "attention bienveillante" envers la planète et "à chaque étape de la vie".