En pleine flambée des prix à la pompe, près de 20% des stations-service manquent d'au moins un carburant en France, selon le ministre de l'Économie Roland Lescure. Le pays pourrait-il connaître à terme une pénurie généralisée, alors que le conflit au Moyen-Orient perdure ? Europe 1 fait le point.
Les automobilistes traversent une passe difficile ces derniers temps en France. Les prix du carburant s'affolent, ils n'ont même jamais été aussi élevés, et les perspectives d'un retour à la normale ne sont pas encore d'actualité. Surtout, des difficultés d'approvisionnement commencent à voir le jour.
Ainsi, 17% des stations-service du pays manquent d'au moins un carburant ce lundi 21 septembre, contre 16% ce week-end, a relaté le ministre de l'Économie Roland Lescure. Près d'une station sur cinq est donc concernée.
"Pour les deux mois qui viennent, on n'a pas d'inquiétude"
Le ministre a assuré, lundi matin, qu'il n'y avait pas d'"enjeu d'approvisionnement" en carburants "à ce stade", mais que l'État devrait "trouver des solutions" si le conflit au Moyen-Orient perdurait. "Globalement, on a des stocks stratégiques qui sont plein en France, donc on n'a pas d'enjeu d'approvisionnement à ce stade. Pour les deux mois qui viennent, on n'a pas d'inquiétude", a-t-il souligné.
"On a de la visibilité très claire sur les six à huit semaines qui viennent. Et ensuite, évidemment, ça dépend de l'évolution du conflit", a convenu le locataire de Bercy, qui a participé à une réunion gouvernementale sur le sujet. L'objectif de ce rendez-vous était de "s'assurer que, s'il y a un défi d'approvisionnement, on trouve les solutions", a-t-il précisé. Au niveau mondial, "on est en train de puiser dans les stocks. C'est-à-dire que si ça continue, on risque d'avoir un problème d'approvisionnement", a-t-il poursuivi, en référence notamment au blocage du détroit d'Ormuz.
Vendredi, Emmanuel Macron avait annoncé la tenue de cette réunion, après une rencontre avec les chefs de parti politique. Concernant l'approvisionnement, le président avait expliqué que la France cherchait à "sécuriser (ses) volumes" de gaz et de certains types de carburants.
Un réseau de stations-service "en souffrance"
Si près d'une station essence sur cinq connait des difficultés d'approvisionnement, certains départements sont davantage impactés, comme le montre une carte produite par le gouvernement et actualisée ce lundi matin. À Paris, dans le Bas-Rhin ou dans le Lot, il y a entre 25% et 50% d'indisponibilités. "Il y a surtout un réseau (de stations) qui est en souffrance au niveau de l'approvisionnement, c'est TotalEnergies", note Francis Pousse, président de la branche stations-service de Mobilians.
En cause, le plafonnement des prix à 1,99 euro le litre d'essence et 2,25 euros le litre de gazole depuis mars dernier, alors qu'en moyenne, on constate aujourd'hui des prix respectivement de 2,19 euros et 2,41 euros. "Les stations qui manquent au moins d'un carburant, à 91%, ce sont des stations Total, c'est-à-dire que c'est la conséquence directe du plafonnement du prix" pratiqué par TotalEnergies, a opiné Roland Lescure lundi matin.
Dans un contexte de flambée des prix à la pompe, les quelque 3.400 stations du géant pétrolier français (sur un peu plus de 10.000 en France) drainent de nombreux automobilistes désireux de faire des économies. Ces derniers boudent les autres distributeurs, et privilégient les stations rouges et blanches, ce qui cause des problèmes de ravitaillement. "Il y a un problème focalisé sur TotalEnergies qui n'arrive pas à relivrer ses stations, surtout en fin de week-end où il n'y a quasiment jamais de livraison le dimanche", observe Francis Pousse.
"Sur le territoire national, on a du carburant, ce n'est pas un problème", appuie le président de la branche stations-service de Mobilians, rappelant qu'"au cas où", la France dispose toujours de "trois mois de consommation" de carburant grâce aux stocks stratégiques. "Il n'y a pas de soucis à avoir", conclut Francis Pousse. Fin août, le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, avait déclaré que "tant que le conflit durera, nous continuerons" à plafonner les prix à la pompe.