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F1 Academy : «Ce n’est pas une affaire de femmes, c’est un sport», insiste Karin Fink

Responsable des opérations commerciales de la F1 Academy, Karin Fink participe au développement d’un championnat qui veut dépasser le seul cadre du sport féminin. [Jakub Porzycki / NurPhoto / NurPhoto via AFP]

Responsable des opérations commerciales de la F1 Academy, Karin Fink participe au développement d’un championnat qui veut dépasser le seul cadre du sport féminin. Partenaires, parents, modèles et wild cards, elle raconte à Europe 1.fr comment la discipline tente de changer les regards. 

En 2000, Karin Fink a découvert la Formule 1 en servant des cafés au Paddock Club du Grand Prix de Monza. Vingt-six ans plus tard, l’Autrichienne est devenue responsable des opérations commerciales de la F1 Academy et participe directement au développement du championnat. Un parcours qu’elle n’avait pas forcément imaginé lorsqu’elle était plus jeune et qui nourrit aujourd’hui sa réflexion sur l’importance des modèles. 

À l’occasion du Grand Prix des Pays-Bas, Europe 1.fr a échangé avec elle sur la place prise par la F1 Academy, la manière de convaincre des marques de rejoindre un projet encore récent, mais aussi sur le rôle des parents et des adultes lorsqu’une jeune fille veut se lancer dans un univers encore largement associé aux hommes. 

Votre histoire dans le sport automobile a commencé très loin du poste que vous occupez aujourd’hui. Comment êtes-vous arrivée dans cet univers ? 

Je suis arrivée dans le monde de la Formule 1 comme serveuse au Paddock Club. Je n’étais même pas vraiment fan de Formule 1 auparavant. Je viens d’Autriche donc la F1 était toujours présente à la maison, mais mon premier Grand Prix a été Monza en 2000. Je servais des cafés aux Italiens, énormément de cafés et d’espressos. Et je suis simplement tombée amoureuse de cet environnement. J’ai beaucoup aimé le fait que tout repose sur le travail d’équipe. Et à partir de ce moment-là, je ne suis finalement jamais vraiment partie. 

Vous m’avez raconté que vous auriez peut-être été plus ambitieuse plus jeune si vous aviez eu davantage de modèles féminins. Est-ce quelque chose que vous voulez aujourd’hui offrir à la nouvelle génération ? 

Oui, totalement. Je vous avais expliqué que j’avais eu l’ambition de devenir directrice d’équipe ou même directrice principale d’une écurie. Et, pour être complètement honnête, je n’ai réellement compris cette partie de mon histoire qu’en commençant à travailler pour la F1 Academy. Pendant toute ma carrière, j’ai eu beaucoup de chance d’avoir de très bons mentors qui faisaient très peu de distinction entre le fait d’être un homme ou une femme.

Mais pour votre propre confiance et vos ambitions, voir des personnes qui vous ressemblent vous permet de vous imaginer plus facilement à certains postes. Plus vous voyez ces personnes lorsque vous êtes jeune, plus vous pouvez vous imaginer faire la même chose. C’est ce que nous essayons de montrer avec la F1 Academy : si vous pouvez le voir, vous pouvez le devenir. 

Quand une jeune fille voit quelqu’un travailler dans le paddock de la F1 Academy, elle comprend qu’elle peut elle aussi faire ce métier. Nous essayons donc d’avoir un paddock très ouvert, où les pilotes, les mécaniciens et les membres des équipes peuvent raconter leur parcours. Le plus important est de montrer toutes ces possibilités suffisamment tôt, à un moment où les jeunes peuvent encore choisir la direction qu’ils veulent prendre. 

De plus en plus de jeunes filles peuvent s’imaginer travailler dans le sport automobile. Le principal obstacle est-il désormais le regard des adultes ? 

Quand je suis passée d’Aston Martin à la F1 Academy, beaucoup de personnes ont été assez surprises. Certaines ont réagi comme si j’allais travailler sur "un truc pour les femmes". Mais la réalité, c’est que cela ne doit pas être considéré comme une affaire de femmes. Cela doit être considéré comme un sport. Un sport peut être pratiqué par des garçons, des filles, par n’importe qui. 

Plus nous progresserons dans notre éducation sur ces questions, moins nous aurons cette séparation entre les genres. Cela vaut pour un garçon qui veut jouer avec une Barbie comme pour une fille qui préfère piloter une voiture. Les parents ont donc une influence énorme. Ils doivent préparer leurs enfants à vivre dans un monde où ils peuvent devenir ce qu’ils souhaitent. 

Mais ce n’est pas seulement leur responsabilité. Les enseignants et toutes les personnes qui participent à l’éducation d’un enfant jouent aussi un rôle. Si un professeur vous répète trois fois que vous ne serez pas bon dans quelque chose ou que vous ne devriez pas le faire, vous finirez probablement par abandonner cette idée. Il faut donc que les possibilités soient présentées de la même manière à tout le monde. 

Quand la F1 Academy s’est lancée, vous avez dû convaincre des marques avant même que le championnat ait véritablement construit son audience. Comment avez-vous réussi à leur faire croire au projet ?

Au début, quelques marques ont vraiment cru au rêve. Charlotte Tilbury en a été un très bon exemple. C’était une marque de beauté qui n’avait aucun passé dans le sport automobile et même aucune véritable expérience du sponsoring sportif. Charlotte elle-même a été une pionnière dans son secteur. On lui avait expliqué qu’une maquilleuse, et particulièrement une femme, ne pouvait pas créer sa propre marque. Elle ne les a pas crus et elle l’a fait. 

Quand elle nous a rejoints, cela a eu un effet d’entraînement. D’autres partenaires ont commencé à penser qu’il y avait peut-être quelque chose à construire avec nous. Il faut trouver des marques qui partagent la même vision. Évidemment, la Formule 1 offre énormément de visibilité et d’exposition. Nous bénéficions aussi du fait d’appartenir à cet univers et d’être présents sur des événements où le public est déjà là. 

Mais il faut ensuite expliquer aux partenaires qu’ils peuvent aussi toucher de nouveaux publics et construire quelque chose qui a du sens, au-delà du simple fait d’afficher un logo. Dans mon rôle, j’ai constaté que de plus en plus de directeurs marketing veulent désormais développer des projets qui ont une véritable raison d’être plutôt que de rechercher uniquement de la visibilité. 

Comment reconnaissez-vous une marque qui veut vraiment construire quelque chose avec la F1 Academy, plutôt que simplement profiter de son image ? 

Nous cherchons vraiment à comprendre ce que la marque veut faire avec l’histoire de la F1 Academy et pourquoi elle souhaite devenir notre partenaire. Cela ne nous servirait à rien d’avoir un partenaire silencieux, simplement présent sous la forme d’un logo sur une voiture. Nous avons besoin que nos partenaires portent eux aussi notre message. 

Certaines marques comme Sephora ou Unilever avec Dirt Is Good ont aujourd’hui des audiences beaucoup plus importantes que la nôtre. Quand elles utilisent leurs propres canaux pour présenter la F1 Academy à des personnes qui ne connaissent peut-être pas encore le sport automobile ou le sport féminin, c’est extrêmement important. Et dès les premières conversations, on peut généralement sentir si une marque veut réellement faire partie de notre histoire ou si elle recherche simplement autre chose. 

Les wild cards ont parfois permis à de jeunes pilotes de se révéler avant de décrocher une place à temps plein. Quand vous choisissez une pilote pour cette opportunité, qu’est-ce qui compte réellement ? 

Pour choisir la pilote, une seule chose compte : la performance. C’est vraiment l’unique raison pour laquelle une pilote obtient une wild card. Nous pensons que les wild cards font partie des histoires les plus fortes de la F1 Academy. Elles offrent à une jeune pilote, qui n’aurait normalement pas l’occasion de courir sur une scène internationale aussi importante, la possibilité de montrer ce qu’elle sait faire. 

Elle pourrait être la meilleure communicante de la planète : si elle n’avait pas le talent, elle n’obtiendrait pas cette wild card. Ensuite, évidemment, pendant le week-end, nous observons aussi sa manière de travailler avec l’équipe, de donner ses retours aux ingénieurs, d’échanger avec les médias ou simplement de se comporter avec les personnes qui l’entourent. Tout cela participe ensuite à son évaluation. Nous disons toujours à ces pilotes de montrer la meilleure version d’elles-mêmes, parce que cela peut être leur seule occasion de briller et, peut-être, d’obtenir une place pour la saison suivante.