Georges-Marc Benamou : une attaque de l'Elysée, "la hantise des préfets de police de toute l’histoire de France"

, modifié à
  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Partagez sur :
Invité dans l'émission Il n'y a pas qu'une vie dans la vie présentée par Isabelle Morizet, l'essayiste Georges-Marc Benamou revient sur le mouvement de mai 68, en dressant un parallèle avec les manifestations des "gilets jaunes". 
INTERVIEW

Dans Il n’y a pas qu’une vie dans la vie, Georges-Marc Benamou, essayiste, producteur, écrivain et journaliste, évoque son nouveau roman Le général a disparu, paru chez Grasset. Dans ce livre, entre fiction et histoire, Georges-Marc Benamou plonge le lecteur dans une époque marquante de l’histoire de France : le 29 mai 1968, le jour où le général de Gaulle, excédé par mai 68, monte dans un hélicoptère et disparaît dans le plus grand secret, pour quelques heures, à Baden-Baden, en Allemagne.

"Le général de Gaulle redoutait une mort à la Mussolini. Et, sa famille pensait qu’elle pouvait être traitée comme celle de Louis XVI", décrit Georges-Marc Benamou. 

300.000 gilets jaunes contre 10 millions de manifestants 

"Comment savoir comment l’histoire va se terminer ?", demande ensuite l’essayiste. "Ce sont des questions que Macron a du se poser. Mais lui, il a, face à lui, 300.000 gilets jaunes alors que De Gaulle, il en avait 10 millions."

Georges-Marc Benamou évoque aussi, dans cette interview, un moment d’hésitation crucial pour le général de Gaulle, à cette époque. Faut-il tirer en l’air pour défendre les institutions ? "Ça a dû être un débat intérieur terrible pour de Gaulle", assure l’écrivain, rappelant qu’un étudiant et un commissaire de police sont décédés à cette période. "C’est peut-être parce qu’il n’a pas voulu faire tirer qu’il a pris la fuite."

L'usage de la force en question 

Au cours de cette interview, le parallèle avec la France d’aujourd’hui s’impose peu à peu, à l’heure où les policiers sont accusés d’user excessivement de la force pendant des manifestations. "Aucun pouvoir et pas même celui de Macron ne peut faire l’économie de cette question : jusqu’où la violence est-elle légitime pour rétablir l’ordre ? Cette question s’est probablement posée pendant les débats entre M. Macron et M. Castaner", analyse Georges-Marc Benamou.

L’écrivain, qui a connu mai 68, avoue avoir pris peur lorsqu’il a constaté que les "gilets jaunes" se rendaient à l’Elysée. "Je corrigeais la fin du livre quand j’ai vu Eric Drouet entrer dans la rue de la paix, puis tourner à gauche, dans la rue Saint-Honoré. Et, là, je me suis dit : 'Quelle folie ! Mais que fait le préfet de police ?'", se souvient-il. "Cette idée que le palais pouvait être attaqué ce jour-là m’a fait penser qu’il y a des correspondances entre les gilets jaunes et mai 68. Qu’est-ce qu’il se serait passé si on ne les avait pas arrêtés ? Ça aurait été une faute extrêmement grave. C'est la hantise des préfets de police de toute l’histoire de France." 

Europe 1
Par Isabelle Morizet, édité par T.F