Grazia, Télé Star, Autoplus... Pourquoi les deux-tiers des journalistes quittent le navire Mondadori France

, modifié à
  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Partagez sur :
Environ 200 journalistes sur 330 ont décidé de quitter, en même temps, le groupe Mondadori France, racheté par Reworld. Les salariés évoquent "une énorme crise de conscience".
ON DÉCRYPTE

Près de 200 journalistes sur 330 quittent le navire Mondadori France. Parmi les titres concernés les plus connus : Grazia, Clother, Top santé, Télé Star, Autoplus, Sciences et vie ou encore Le chasseur français. La raison de ces départs en masse ? Le rachat de tous ces journaux par le groupe français Reworld.

La majorité des journalistes ont activé leur "clause de cession", une disposition permettant aux journalistes de quitter leur entreprise avec des indemnités en cas de changement de propriétaire. À Top santé, c'est même l'ensemble de la rédaction qui a décidé de partir. Comment expliquer l'ampleur de l'hécatombe ? On a posé la question à Yves Corteville, délégué syndical SNJ-CGT et secrétaire de rédaction à Pleine vie, autre titre du groupe, et à Pascal Pennec, désormais ancien rédacteur en chef d'Autoplus, invités de Philippe Vandel dans Culture Média, sur Europe 1.

"C'est un saut dans l'inconnu"

"C'est une énorme crise ce confiance", avance d'emblée Yves Corteville. "Lorsqu'on a appris il y a un an que Reworld voulait racheter le groupe, personne ne les connaissait. Ils possédaient une dizaine de titres. On a un peu enquêté, et on s'est rendu compte qu'ils faisaient faire des titres par des sociétés extérieurs, des producteurs de contenus. Ils se targuaient de faire de la conversion pour les annonceurs. [...] Le but : faire des contenus pour attirer les publicitaires. [...] Il y a une différence avec le journalisme, ce n'est pas le même métier", détaille Yves Corteville.

"Lorsqu'ils ont su ça, les journalistes se sont dit : 'Qu'est ce que je vais faire là-dedans'. [...] On n'a obtenu aucune garantie . Ils nous on dit : 'Vous verrez après, faites nous confiance'", poursuit le secrétaire de rédaction. 

"C'est un saut dans l'inconnu", enchaîne Pascal Pennec, ancien d'Autoplus. "Dans la presse, il y avait des papiers assassins (sur Reworld ndlr). Je me souviens d'un article dans Libération qui disait : 'Ne travaillait jamais pour ces gens là'", poursuit-il. Une fois le rachat lancé, les journalistes ne disposaient que deux mois pour activer leur clause cession. "Dans le doute, compte tenu du passif de ces gens, on s'est dit que la seule solution, c'était de partir", explique Pascal Pennec.

"S'ils partent, c'est parce qu'ils ont la trouille"

Certains observateurs mentionnent également une autre raison potentielle aux départs des journalistes : le déménagement des rédactions à Bagneux, dans une zone où il n'y a, pour l'heure, pas de ligne de métro et quasiment aucun commerce. Yves Corteville dément formellement cette hypothèse, tout comme il dément le montant des indemnités qu'auraient, selon certains articles de presse, perçues les journalistes sur le départ. Le montant de 300.000 euros est notamment évoqué. "C'est une plaisanterie. Lorsque Gautier Normand (le PDG de Reworld ndlr) dit ça, c'est pour faire passer les journalistes pour des enfants gâtés. Vous pensez que des gens qui bossent pour un titre depuis 20 ans partent avec un chèque de 50.000 euros en rigolant ? S'ils partent, c'est parce qu'ils ont la trouille de rester pour un titre en lequel ils n'ont pas confiance", tacle le syndicaliste. 

Salariés et observateurs s'interrogent désormais sur la capacité des journalistes restants à alimenter les journaux du groupe. Certains représentants salariaux ont également alerté le ministre de la Culture Frank Riester, qui ne les a, pour l'heure, pas reçus en personne. "On n'est pas la presse qui fait l'actualité selon eux, pas la presse prioritaire", dénonce Yves Corteville. Ce dernier demande désormais au gouvernement de conditionner les potentielles aides que pourra recevoir le groupe, en tant qu'éditeur de presse, au respect "d'un code de déontologie". L'objectif : s'assurer que l'on ne demande pas à des journalistes de faire de la publicité.

Europe 1
Par Europe1.fr