"Gilets jaunes" - Valérie Nataf, directrice de la rédaction de LCI : "Les journalistes sont perçus comme appartenant à ces élites qu'ils rejettent"

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© Thierry Zoccolan / AFP
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La journaliste de LCI revient sur le caractère inédit du mouvement des "gilets jaunes" et sur son traitement médiatique.

INTERVIEW

Le mouvement des "gilets jaunes" réussit aux chaines d'information qui battent des records d'audience depuis cinq semaines. Mais des voix s'élèvent contre le traitement de l'info, certains estimant qu'elles en font trop, d'autres, pas assez. Valérie Nataf, directrice de la rédaction de LCI était l'invitée du Grand Journal de Philippe Vandel pour donner son point de vue sur le traitement de cette crise.

"Une crise hors normes". Pour la chaîne d'information en continu du groupe TF1, la crise a eu le mérite de distinguer la chaîne, selon sa directrice de la rédaction, : "La partie différenciante de LCI commence à être remarquée par les téléspectateurs. Quand il y a des événements, on les montre, on est en direct. Il y a la promesse d'une chaîne info, mais nous avons des grandes signatures, des chroniqueurs nous incarnant, qui sont là pour expliquer et rendre tout cela plus audible", indique la journaliste, qui insiste sur le volet explicatif de l'information.

"C'est une crise hors normes. On n'a jamais vu ça, un mouvement hors cadre, hors syndicat...", poursuit-elle. "Notre travail, c'est de donner à entendre cette révolte mais aussi de donner à comprendre, en essayant d'avoir un traitement équilibré."

"Nos concurrents ont suivi". L'émission sur les gilets jaunes "La grande explication", présentée par les David Pujadas en prime time le 28 novembre, a ainsi pris la tête des audiences de la TNT. "Nous avons été la première chaîne à mettre face à face des membres du gouvernement, des "gilets jaunes", des membres de la société civile et de la majorité présidentielle. Je suis contente de voir que nos concurrents ont suivi cet exemple", se félicite-t-elle.

 

"Nous sommes devenus des cibles". Moins prise pour cible que le leader, BFMTV, la chaîne LCI a néanmoins eu un journaliste blessé pendant la mobilisation. "Nous avons comme les autres chaînes des agents de sécurité qui sont avec nos équipes", explique-t-elle, même si "ce n'est pas lié à l'éruption du mouvement des 'gilets jaunes'. On a commencé à avoir des agents de sécurité au 1er-Mai quand les black blocs se mêlaient aux manifestants. À la télévision particulièrement, nous sommes devenus des cibles. En ce qui concerne le mouvement des 'gilets jaunes', c'est un mouvement anti-élites. D'une certaine manière, les journalistes sont perçus comme appartenant à ces élites qu'ils rejettent."