Ce documentaire de France 5 qui raconte Boris Johnson "l’illusionniste"

  • A
  • A
Partagez sur :
France 5 diffuse mardi soir un documentaire sur le Premier ministre britannique Boris Johnson, "l’illusionniste du Brexit". Le réalisateur Walid Berrissoul et le co-auteur Florentin Collomp sont revenus sur Europe 1 l’ascension de ce personnage haut en couleurs dans l’émission Culture médias.
INTERVIEW

Il est devenu le visage du Brexit. Le Premier ministre britannique Boris Johnson a mené à bien la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, après des mois de longues et difficiles négociations. France 5 revient mardi soir sur l’ascension de ce personnage bien plus complexe qu’il n’y paraît, dans un documentaire intitulé "Boris Johnson, l’illusionniste du Brexit" (20h50). Le réalisateur Walid Berrisoul et le co-auteur Florentin Collomp ont dressé son portait, mardi dans l’émission Culture médias sur Europe 1.

Le héraut du Brexit né dans une famille d’Européens convaincus

Avant de devenir un porte-parole du Brexit, Boris Johnson est né et a grandi dans une famille d’Européens convaincus. Son père, Stanley Johnson, a même été l’un des premiers fonctionnaires britanniques envoyés à Bruxelles en 1973, l’année de l’entrée du Royaume-Uni dans la CEE, l’ancêtre de l’UE. Dans le documentaire de France 5, il raconte les années bruxelloises de la famille Johnson, à des années-lumière du Brexit. "Il y avait des gens très intéressants, un très bon état d’esprit. Je vivais à Uccle, une de ces banlieues verdoyantes et très agréables de Bruxelles. Les enfants allaient à l’école européenne, ils ont appris le Français et à être de bons petits Européens", témoigne Stanley Johnson, qui a voté contre le Brexit .

"C’est ce qui est fascinant avec Boris Johnson, l’homme dont on se souviendra comme celui qui a tiré la Grande-Bretagne hors de l’Europe. C’est un des politiques britanniques qui connaît le mieux l’Europe : il y a grandi, il y a passé sa petite enfance, il était dans un milieu multiculturel et polyglotte", résume le co-auteur du documentaire, Florentin Collomp.

Un journaliste avec une relation "particulière aux faits"

Quelques années plus tard, après des études au prestigieux collège d’Eton et à la non moins élitiste université d’Oxford, Boris Johnson se destine à une carrière de journaliste en tant que correspondant du Daily Telegraph à Bruxelles, de 1989 à 1994. Dans la capitale belge, il se distingue déjà par son talent d'"illusionniste" et son euroscepticisme. "En tant que journaliste, il a compris comment intéresser les lecteurs quitte à sacrifier la vérité. Il avait une relation particulière aux faits", relève Walid Berrisoul.

Plusieurs correspondants à Bruxelles, comme Jean Quatremer de Libération, racontent dans le documentaire comment Boris Johnson n’a pas hésité à inventer des histoires totalement fausses, dans le seul but d'obtenir "une belle histoire". "Il a une connaissance très pointue de l’Union européenne mais qu’il a utilisée à son propre profit et à ses propres fins", appuie Florentin Collomp.

Le conservateur devenu "bobo" à la mairie de Londres

Au début des années 2000, Boris Johnson est élu député du parti conservateur à la Chambre des communes. "Il s’est forgé ce personnage un peu brouillon. Quand on le voit en public, il fait mine de regarder ses notes et de chercher ses mots, alors qu’il sait très bien ce qu’il veut dire. Ça crée un effet et surtout il se crée ce personnage drôle, qui fait rire", détaille Walid Berrisoul.

En 2008, il crée une immense surprise en remportant la mairie de Londres, après s’être dépeint comme... "Boris le rouge". "Ça résume parfaitement le personnage. Il avait été envoyé au casse-pipe par le parti conservateur, qui pensait que Londres, ville de gauche, était imprenable. Avec son charisme et son humour il change complètement de discours : il devient pro-immigration, pour la naturalisation des illégaux… Il devient une sorte de candidat ‘bobo’ et pendant 8 ans, à la mairie de Londres, il était le politique préféré des Britanniques", analyse Florentin Collomp.

L’illusionniste du Brexit

En 2016, alors que son mandat de maire de Londres touche à sa fin, Boris Johnson opère une nouvelle volte-face et se déclare en faveur du Brexit. Il devient le porte-étendard du "leave", sans imaginer une seule seconde une sortie de l’Union européenne. "Il pensait être le perdant et poser un gros jalon pour la suite de sa carrière. Quand le Brexit gagne, il ne savait pas quoi faire", appuie Walid Berrisoul. "C’était une campagne de protestation et de référendum. On a voulu raconter que cette campagne n’était pas faite pour être mise en pratique. Personne n’avait écrit un plan en cas de victoire au référendum sur le Brexit. C’est ça le problème auquel est confronté aujourd’hui le pays", poursuit Florentin Collomp.

"Il continue à raconter une histoire à une partie des Britanniques qui a voté pour lui et pour le Brexit, et il en raconte une autre à une partie qui est plus sceptique et qui voulait rester dans l’Europe", juge Walid Berrisoul. "C’est un illusionniste parce qu’on se demande si le Brexit a la même signification pour un pêcheur dans le sud de l’Angleterre, pour un ouvrier dans le nord-est qui avant votait pour les Travaillistes et vote maintenant pour les Conservateurs ou pour un trader à Londres. Boris Johnson arrive habilement à enjoliver tout cela dans un récit qui vise à restaurer la grandeur de la Grande-Bretagne."