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Trois ouragans dans le Pacifique, assèchement du détroit de Panama… Quelles sont les conséquences du phénomène El Niño ?

De gauche à droite, les ouragans Lowell et Karina, ainsi que la tempête tropicale Marie, traversent l'océan Pacifique, le 2 septembre 2026. [Handout / NOAA / AFP]

L'épisode actuel d'El Niño pourrait être "le plus puissant" observé depuis le début des mesures du phénomène climatique il y a quatre décennies, selon l'OMM. Alors qu'il devrait s'intensifier dans les prochains mois, ses conséquences sont déjà enregistrées dans plusieurs régions du monde.

"El Niño s'est solidement installé et va s'intensifier pour devenir un phénomène de très forte intensité dans les mois à venir", a alerté jeudi 3 septembre 2026 l'Organisation météorologique mondiale de l'ONU (OMM). Les effets de ce nouvel épisode d'El Niño se font déjà ressentir, alors qu'il atteignent généralement leur apogée pendant les mois de novembre, décembre et janvier.

"Ce qui est impressionnant, c'est qu’on observe déjà des records au début septembre et on sait que ça va s'intensifier", alerte Alain Bourque, directeur d’Ouranos, un consortium de recherche québécois qui étudie les changements climatiques pour La Presse

Les effets El Nino amplifiés par le changement climatique 

Tous les deux à sept ans, les eaux de surface dans le centre et l'est du Pacifique équatorial se réchauffent à partir du printemps, ce qui entraîne les mois suivants des modifications majeures des régimes de vents, de pression et de précipitations à l'échelle mondiale. 

Ce phénomène climatique naturel, qui prend le nom d'El Niño, s'ajoute au changement climatique causé par les activités humaines, dopant les événements de météo extrême. Il n'existe en revanche pas de consensus quant à savoir si le changement climatique renforce El Niño en lui-même, même si des preuves en ce sens commencent à émerger.

Ce nouvel épisode d'El Niño devrait se prolonger jusqu'en février 2027 et aura "des répercussions importantes sur les régimes de température et de précipitations, ainsi que sur les risques d'inondations, de sécheresses et de chaleurs extrêmes", met en garde l'OMM.

Un enchaînement d'ouragans dans le Pacifique

Ce mercredi 2 septembre, deux puissants ouragans et une tempête tropicale en voie de devenir un ouragan sont apparus dans l'océan Pacifique, dont les eaux sont réchauffées par un épisode d'El Niño d'une intensité historique. 

"Le réchauffement lié à El Niño crée les conditions propices à ces tempêtes, qui sont alimentées en grande partie par des eaux chaudes", a déclaré auprès de l'Agence France-Presse Julia Cole, climatologue à l'université du Michigan, qui souligne la rareté de l'événement. De la même manière, un enchaînement similaire favorisé par El Niño s'était produit en 2015, où quatre cyclones s'étaient formés successivement.

Les ouragans Lowell, passé mercredi en catégorie 5, et Karina (catégorie 4) devraient passer loin des côtes d'Hawaï, selon le Centre national américain des ouragans (NHC). Leurs trajectoires restent toutefois incertaines. Ils sont suivis de la tempête tropicale Marie, qui se trouvait à quelques centaines de kilomètres des côtes mexicaines jeudi. 

Le trafic maritime fortement perturbé dans le canal de Panama

D'autres événements climatiques liés à El Niño sont observés aux quatre coins du globe. En Amérique centrale, la sécheresse provoquée par ce phénomène climatique a entraîné la quasi-paralysie du canal de Panama, pour la deuxième fois de son histoire, tandis que plusieurs pays de la région sont touchés par une hausse des températures et une baisse des précipitations.

Sur cette voie qui relie l'Atlantique au Pacifique et voit transiter 5% du commerce mondial, le trafic sera réduit progressivement de 36 à 32 navires autorisés chaque jour, à partir de ce vendredi. Une décision rarissime qui permettra ainsi d'économiser l'eau douce, indispensable à son fonctionnement, face à une sécheresse qui risque de se prolonger jusqu'à la mi-2027.

L'Indonésie n'est pas en reste. Le phénomène climatique El Niño accentue la propagation des incendies dans la région, marquée par la saison sèche. Près de 300.000 hectares ont brûlé depuis le début de l'année, selon des experts, qui redoutent une saison des feux aussi grave, voire pire, que celle de 2015.