Soudan : Omar el-Béchir, au pouvoir depuis 30 ans, destitué par l'armée

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Omar el-Béchir en 2009 / AFP
Omar el-Béchir, ici en 2009, a été destitué et placé en détention. © KHALED DESOUKI / AFP
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Au pouvoir depuis 1989, le président soudanais Omar el-Béchir a été destitué par l'armée, après une contestation populaire inédite. 
L'ESSENTIEL

Fin de règne pour Omar el-Béchir. Le président soudanais, à la tête du pays depuis 30 ans, a été renversé jeudi par l'armée, après une contestation populaire inédite. La mobilisation de milliers de Soudanais, déclenchée par la décision du gouvernement d'augmenter le prix du pain en décembre dernier, a provoqué la chute du dictateur, visé depuis une décennie par deux mandats de la Cour pénale internationale (CPI), notamment pour crimes de guerre et génocide. L'annonce de la destitution d'Omar el-Béchir a été accueillie par une immense foule, en liesse, dans le centre de Khartoum. Les meneurs de la contestation ont cependant rejeté le coup d'État de l'armée et promis de poursuivre les manifestations.

Les trois informations à retenir : 

  • Le président Omar el-Béchir, au pouvoir depuis 30 ans, a été renversé par l'armée
  • Sa destitution fait suite à un soulèvement populaire inédit, débuté en décembre dernier
  • Un "conseil militaire de transition" va succéder à Béchir pour deux ans 

L'armée renverse el-Béchir 

Après quatre mois de contestation populaire, l'armée a finalement renversé Omar el-Béchir. Le président soudanais, au pouvoir depuis 1989, a été arrêté et placé en détention. L'armée a annoncé l'institution d'un "conseil militaire de transition" pour deux ans, et s'est déployé en masse dans les rues de Khartoum, la capitale du pays. Les militaires ont également imposé un mois de couvre-feu nocturne dans l'ensemble du pays, allant de 22h à 4h du matin. Omar el-Béchir avait déclaré l'état d'urgence le 22 février, et avait tenté de réprimer le mouvement par la force. Depuis une semaine, les manifestants réclamaient le soutien de l'armée, qui est finalement intervenu jeudi. 

Quatre mois de contestation populaire

En plein marasme économique, le Soudan est le théâtre depuis décembre de manifestations, déclenchées par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain. La contestation s'est vite transformée en un mouvement réclamant la "chute" d'Omar el-Béchir. Depuis samedi, des milliers de manifestants réclamaient sans discontinuer, devant le QG de l'armée, l'appui des militaires. Une immense foule de Soudanais s'était rassemblée jeudi matin dans le centre de la capitale soudanaise, anticipant l'annonce de la destitution du président honni. "Béchir est parti ! Nous avons réussi !", avait écrit en matinée sur Twitter Alaa Salah, l'étudiante devenue depuis quelques jours "l'icône" du mouvement.

Les meneurs de la contestation ont cependant rejeté le coup d'État de l'armée et promis de poursuivre les manifestations. "Le régime a mené un coup d'Etat militaire en présentant encore les mêmes visages (...) contre lesquels notre peuple s'est élevé", a indiqué dans un communiqué l'Alliance pour la liberté et le changement. "Nous appelons notre peuple à continuer son sit-in devant le quartier général de l'armée (à Khartoum) et à travers le pays", a-t-elle ajouté. 49 personnes sont mortes dans des violences depuis le début de ce mouvement populaire. 

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Des milliers de manifestants ont célébré la destitution d'Omar el-Béchir, jeudi à Khartoum. (@ASHRAF SHAZLY / AFP)

La fin d'un règne sanglant et sans partage

Durant trois décennies, Omar el-Béchir aura tenu son pays d'une main de fer, après être lui-même parvenu au pouvoir à la faveur d'un coup d'État en 1989. Le président soudanais est visé depuis une décennie par deux mandats d'arrêts de la Cour pénale internationale, pour son implication dans le dramatique conflit du Darfour. Vaste comme la France, cette région est secouée depuis 2003 par un conflit opposant les forces soudanaises à des rebelles de minorités ethniques. Les violences ont fait plus de 300.000 morts et 2,5 millions de déplacés, selon l'ONU. Omar el-Béchir est accusé de génocide, crimes de guerre et génocide. 

Omar el-Béchir a également fait face ces dernières années à une économie au bord de la faillite. Le Soudan est notamment fragilisé par un embargo économique imposé par les États-Unis en 1997 en raison de violations présumées des droits humains et de liens avec le "terrorisme". L'embargo a été finalement levé en 2017, mais sans déboucher sur les bénéfices escomptés. Depuis l'indépendance du Soudan du Sud en 2011, le pays souffre de la perte des trois quarts de ses ressources pétrolières, et des revenus tirés de leur vente. L'exaspération des Soudanais face à cette crise économique aura eu finalement raison du dictateur. 

La communauté internationale appelle à une transition démocratique 

La communauté internationale a demandé une transition démocratique, quelques heures après le coup d'État de l'armée. "La prise de pouvoir par l'armée n'est pas la réponse appropriée aux défis auxquels est confronté le Soudan et aux aspirations de son peuple", a déclaré l'Union africaine (UA). Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a espéré que "les aspirations démocratiques du peuple soudanais" se réaliseront "grâce à un processus de transition approprié et inclusif".

Les États-Unis et cinq pays européens (la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Belgique et la Pologne) ont de leur côté demandé une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU. "Nous sommes très préoccupés" par l'évolution de la situation, la "fermeture des frontières", le "couvre-feu", une transition militaire pendant deux ans, a souligné devant des médias l'ambassadeur britannique adjoint, Jonathan Allen.